Carnets du Business


           
Olivier Meier
Olivier Meier est Professeur des Universités, directeur de recherche au Lipha Paris Est et visiting... En savoir plus sur cet auteur

Culture et gestion du temps en Inde




Mercredi 2 Septembre 2015




Crédit : Ingimage
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La nouvelle organisation du monde autour de l’émergence d’un monde multipolaire a fait prendre conscience du poids et du rôle de l’Inde sur la scène internationale. Pourtant, en dépit de cette nouvelle réalité, ce pays reste méconnu et présente des particularismes forts, où se combinent performance économique et technologique et construction sociale particulière marquée par la philosophie hindoue.
 
C’est pourquoi, la pratique et l’expérience de relations avec les entreprises indiennes se révèlent dans bien des cas d’une grande complexité, tant au niveau des processus d’implantation qu’au niveau des négociations et coopérations que de la gestion des équipes au quotidien (management). Parmi ses particularismes et l’influence des grands principes fondateurs, le Temps est incontestablement l’une des variables culturelles les plus significatives des différences entre la culture indienne et l’approche occidentale.
 
Le temps est en effet un élément déterminant dans la compréhension de la culture indienne. Les indiens envisagent le temps comme un cycle, où tout ce qui arrive est déjà arrivé et arrivera de nouveau. Cette relation au temps les amène par conséquent à agir dans l’instant car il n’y a pour eux, ni commencement, ni fin. Cette conception va par conséquent à l’encontre de l’idée de progression continuelle et linéaire.
 
Dans ce type de sociétés, il y a en effet un « droit naturel » au recommencement, dans la mesure où le temps vécu se reproduira à nouveau : ce qui n’est pas accompli dans une vie peut l’être dans une autre période (éternel recommencement). C’est pourquoi les indiens vivent dans le moment présent et non dans l’avenir. Selon cette vision, le temps est considéré comme une ressource, et non comme une contrainte. Il n’y a donc pas nécessité à gérer ou optimiser le temps qui passe, dans la mesure où il s’agit d’une ressource disponible répétitive qui peut être utilisée en fonction du contexte et des circonstances.
 
Ce temps cyclique est structuré par des périodes, des seuils (initiation), des discontinuités (temps morts), des crises. En effet, dans la philosophie hindoue, le temps n’est pas conçu comme uniforme, ni homogène. Il est composé de périodes interdépendantes et dissemblables, avec une alternance d'états variables et de transformations. Les cycles se répètent ainsi que les rapports intra- et inter-cycliques. Tout se passe - à la fois- en même temps et dans des temps différents. Cette conception du temps obéit généralement à des valeurs intemporelles, où l’on vit dans un éternel présent : l’éternel retour, comme répétition d’un acte sacré, où le temps de l’histoire n’est rien comparativement au temps du Cosmos.
 
Ces différences peuvent entraîner des désagréments (retards, dysfonctionnements), malentendus, voire incompréhensions, en particulier lorsqu'il s’agit de gérer des projets complexes, avec un planning et des objectifs précis. Pour l’approche occidentale, la vision indienne peut parfois apparaître déstabilisante, en bouleversant les codes et les règles d’un management scientifique et procédurier, tel qu’on le pratique dans bon nombre d’entreprises.
Le travailleur indien aura en effet tendance à donner du temps au temps, et à rechercher en toutes circonstances la modération et la patience. Le respect du planning n’est pas un véritable objectif en soi. Dans sa vision, l’important est avant tout que le projet soit réalisable et intéressant (finalité). La culture indienne n’accorde pas d’attention excessive au « comment » et au « pourquoi » (moyens et processus). Ce qui importe, c’est de parvenir au but et non la façon d’y parvenir, en cherchant avant tout à penser et à agir de manière flexible, sans être dépendant d’un modèle ultra-rationnel basé sur la gestion d’un temps contraint et quantifiable.
 
Cette vision de l’organisation s’oppose par conséquent à l’idée de planification, pour mieux accepter l’inattendu et trouver des voies nouvelles par le travail et l’expérimentation pour atteindre les objectifs fixés. Travailler avec des partenaires indiens demande donc du temps, de la patience et une maîtrise de soi, en raison d’une culture polychronique, où l’on admet la diversité des tâches et certains principes fondamentaux, comme le modèle familial et la spiritualité.

Notes

(1) Pour aller plus loin: travaux de O. Meier sur le "Management interculturel" (Dunod, 2016) et du centre d'études et de recherches internationales (CERI), en partenariat avec Sciences Po Paris.






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