Carnets du Business


           

Délais de paiement et recouvrement des créances: ayez les bons réflexes




Mercredi 16 Novembre 2016


Le 7 mars 2016, l’Observatoire des Délais de Paiement a établit un rapport basé sur la période 2014/2015. Il dresse un constat inquiétant pour l’économie, un tiers des entreprises sont confrontées aux délais de paiement non respectés et deux tiers ont déjà rencontré des impayés. Cette pratique est dangereuse pour l’économie toute entière, car elle crée un effet domino : les entreprises victimes des délais ou impayés décalent elles aussi leurs règlements privant ainsi d’autres structures de trésorerie. Nicolas Bollé, expert-comptable et commissaire aux comptes au sein du Cabinet Guery Bollé et Maria El Bouri, Présidente de la société de recouvrement Lextentia, nous livrent ici quelques conseils.



Le contexte macro-économique est difficile. Comment les entreprises françaises s’en sortent-elles ?

Maria El Bouri
Maria El Bouri
Maria El Bouri : Le nombre de dépôts de bilan a été de plus de 63 000 au cours de l’année 2015, en hausse par rapport à l’année précédente, tandis que le nombre de dépôts de bilan était d’un peu moins de 45 000 pour l’année 2011. La crise que nous vivons explique cette situation, mais seulement partiellement. Les délais de paiement et les impayés sont à l’origine du quart des défaillances d’entreprise en France (chiffre ALTARES). Bien que le nombre de jours de retard de paiement tende à diminuer, nous sommes passés de 13,6 jours à 12,2 jours de retard en l’espace d’un an. Et en Ile-de-France, jusqu’à 72,6 % des règlements sont effectués avec du retard au 2ème trimestre 2016.

Concrètement, quelles sont les conséquences des retards de paiement pour les entreprises ?

Nicolas Bollé
Nicolas Bollé
Nicolas Bollé : Le problème des impayés n’est pas uniquement un sujet à court terme, il s’agit d’un sujet à long terme pour l’entreprise. Je le vois au quotidien, le niveau de trésorerie des entreprises reste difficile. L’Insee nous confirme d’ailleurs dans une étude de juillet 2016 que si l’opinion des dirigeants est plutôt bien orientée pour les résultats d’exploitation, les opinions restent négatives quand il s’agit de la trésorerie.

Au-delà de l’impératif d’avoir suffisamment de trésorerie afin de régler ses dettes, les entreprises n’ont pas suffisamment de fonds disponibles pour innover ou investir. Or dans un contexte changeant, toutes les entreprises ont besoin de renouveler leur offre, ou d’améliorer leur organisation, ce qui nécessite forcément des ressources. Ne pas affecter de budget pour répondre mieux aux enjeux des clients risque de poser problème quant à la survie de l’entreprise à moyen-long terme.

La gestion de la trésorerie reste un sujet central pour les entreprises. Comment peuvent-elles concrètement améliorer leur situation ?

Maria El Bouri :  La première solution serait de se retourner vers sa banque. Il est toujours possible de mettre en place un factor, mais encore faut-il que la créance corresponde à tous les critères imposés par la banque. Mais le coût de cette formule est conséquent et réduit les marges de l’entreprise. De surcroît, celles-ci doivent verser un dépôt de garantie, ce qui immobilise une partie de la trésorerie dont elles ont besoin. Enfin en cas d’impayé, l’entreprise qui a souscrit au service se voit annuler l’avance de trésorerie réalisée par la banque.

Il faut surtout prévenir les impayés en se montrant rigoureux dès le début de la relation commerciale, à travers le contrat notamment, et ce même si le client facturé est une connaissance, un proche, un client de longue date ou encore un institutionnel. Il est également contre-productif de remettre à plus tard la facturation, l’envoi des factures et les rappels. Une prestation non facturée est rapidement oubliée par le bénéficiaire et peut constituer une perte sèche ! Enfin, il faut que les entreprises françaises apprennent à être réactives dans le domaine, à ne jamais laisser trainer une facture en souffrance et à réagir dès que les délais légaux sont dépassés. Il faut savoir qu’au-delà d’un retard de 30 jours, le risque de défaillance de la créance est multiplié par 6 (source : ALTARES). Le délai de prescription est de deux ans pour les clients particuliers et de cinq ans pour les clients professionnels : cela signifie qu’une fois qu’il est écoulé, le créancier n’a plus de moyen légal pour réclamer son dû devant les tribunaux.

Photo: Ingimage
Photo: Ingimage

La Rédaction





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