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Faut-il s’inquiéter pour l’avenir de l’EPR ?




Mercredi 26 Septembre 2012


À la fin de l’été 2012, l’annonce de nouveau retard sur le chantier du réacteur EPR d’Olkiluoto a marqué l’actualité de la filière du nucléaire français. Cette annonce fait un écho au déroulement du chantier de Flamanville, accusant lui aussi d’un retard considérable. Les difficultés rencontrées par Areva pour transformer l’essai de la commercialisation d’une centrale nucléaire de troisième génération pourraient laisser craindre pour l’avenir de cette technologie. Mais c’est sans compter les réussites significatives de cette entreprise sur d’autres chantiers du même type.



Site du réacteur EPR d'Olkiluoto - Crédit photo Teollisuuden Voima Oy
Site du réacteur EPR d'Olkiluoto - Crédit photo Teollisuuden Voima Oy
Le réacteur nucléaire EPR de troisième génération représente un enjeu économique majeure pour la France. Plus sûr et plus performant, ce modèle de réacteur et notamment censé permettre une utilisation plus efficace du combustible nucléaire pour une production accrue d’électricité générant moins de déchets. Aujourd’hui, quatre exemplaires de ce réacteur, mis au point par Areva à la fin des années 1990, sont actuellement en construction. Le premier de ces quatre chantiers a débuté en 2005 sur le site d’Olkiluoto en Finlande et a été ponctué par de nombreux retards.
 
La construction du réacteur d’Olkiluoto répond à une demande du fournisseur d’électricité finlandais TVO et se trouve sous la supervision d’un consortium formé d’Areva et de l’Allemand Siemens. Bien que hautement stratégique pour le champion du nucléaire français, ce chantier est rapidement devenu synonyme de déboire commercial. Le déroulement du chantier du tout premier réacteur EPR au monde a en effet connu de très nombreux retards. La date de sa mise en service a ainsi été reportée une première fois à 2010, une seconde fois à 2011, et une troisième fois à 2014. Finalement, il s’est avéré courant septembre 2012 que l’EPR d’Olkiluoto ne serait pas opérationnel avant 2015 soit plus de 6 ans après l’année 2009 durant laquelle il devait initialement être mis en service.
 
La rentabilité de la construction de l’EPR d’Olkiluoto a été considérablement amoindrie du fait de ces retards successifs qui en ont alourdi le coût de constructions. Facturée quelque 3 milliards d’euros, la construction du réacteur finlandais a contraint Areva-Siemens à provisionner non moins de 2,8 milliards d’euros pour faire face aux surcoûts des retards. L’histoire du réacteur d’Olkiluoto n’est pas sans rappeler celle de Flamanville en France. Ce second réacteur, dont la construction a été amorcée en 2007, devait être mis en service en 2012 ; il ne le sera finalement qu’en 2016. Par ailleurs, le coût de ce projet qui devait constituer la vitrine technologique de la France en la matière a également explosé passant de 3,3 milliards d’euros initialement prévus à 6 milliards d’euros.
 
Face aux difficultés récurrentes rencontrées au cours de la construction de deux premiers réacteurs EPR, on pourrait être amené à douter de la profitabilité commerciale de cette technologie pourtant présentée comme l’avenir du nucléaire. Il est vrai qu’Areva n’a pas tiré immédiatement tout le profit qu’elle aurait pu espérer de ces deux chantiers et d’ailleurs, cette entreprise a reconnu les difficultés financières que cela occasionnait pour elle en commentant son bilan pour l’année 2011. Cependant, la technologie EPR continue d’être présentée comme l’un des principaux leviers de la croissance future d’Areva. Il y a d’ailleurs plusieurs raisons à cela.
 
Il convient tout d’abord de resituer les chantiers de Flamanville et d’Olkiluoto dans leur contexte technologique. Il s’agit en effet de chantiers précurseurs ; les premiers au monde à avoir pour objet d’assembler un réacteur nucléaire de troisième génération. À l’occasion de tels chantiers, les effets d’apprentissage sont grands. À la tête d’Areva, Luc Oursel avançait d’ailleurs en septembre 2012 au sujet du chantier finlandais : « dans certains cas, nous ne savions pas clairement ce qu’il était attendu de nous en termes de documentation et de contrôle ». L’actualité semble d’ailleurs lui avoir donné raison puisque, fort de l’expérience d’Olkiluoto et de Flamanville, les équipes d’Areva travaillent depuis 2009 à la construction de deux nouveaux réacteurs EPR sur le site de Taishan en Chine du Sud. Le calendrier de construction de ces deux réacteurs a été respecté au cours des trois premières années de leur construction. Aussi pourrait-il bien être les premiers réacteurs EPR mis en service dans le monde bien que leur construction ait débutée 4 ans plus tard que celui d’Olkiluoto.
 
Pour la technologie EPR, Olkiluoto demeurera vraisemblablement comme le symbole d’un démarrage difficile, mais malheureusement nécessaire sur un premier essai technologique de cette envergure. Sa finalisation et la perspective prometteuse offerte par les chantiers de Taishan devraient également permettre, à terme, de dépasser les aléas des débuts. Aussi, en dépit des difficultés rencontrées à l’occasion de ce premier chantier, la Finlande semble n’avoir pas tenu rigueur à Areva outre mesure pour ces retards : sur sollicitations du parlement finlandais, Areva remettait en avril 2012 son offre commerciale pour la construction d’un nouveau réacteur EPR à Pyhäjoki à Fennovoima, autre électricien finlandais. Malgré les difficultés des débuts, l’intérêt de la technologie EPR continue donc d’être reconnu et cela laisse présager d’un avenir plutôt engageant pour le nucléaire français.

La rédaction

Dans cet article : Areva, Chine, EPR, Finlande, Flamanville, France, énergie




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