Carnets du Business


           

L’empreinte écologique de Serge Orru

Retour sur le parcours d'un passionné




Mardi 3 Juillet 2012


En 2008, Serge Orru était élu « Homme de l’année » par le quotidien Corse Matin. Une reconnaissance pour ce passionné d’écologie, créateur du Festival du vent de Calvi et du festival de l’Oh dans le Val de Marne, auteur d’un livre sur Pierre Rabhi, et directeur général de l’ONG WWF France. Il vient d'annoncer qu'il quitterait son poste en septembre, conformément aux engagements qu'il avait pris lors de sa prise fonction. Aujourd'hui pressenti pour rejoindre le gouvernement Ayrault et bien d'autres combats liant l'environnement et l'homme, Serge Orru est un infatigable "homm'timiste". Portrait.



L’empreinte écologique de Serge Orru
Serge Orru a l’écologie chevillée au corps et présente en permanence à l’esprit. Né en Tunisie, dans une famille aimante de 8 enfants dont il est le cadet avec sa sœur jumelle, pur méditerranéen d’origine Sarde et sicilienne, il découvre, explique-t-il avec humour, lors de l’installation de sa famille à Rouen, les effets du changement climatique. Dès 12 ans il lit Joseph Kessel, Romain Gary, Joseph Konrad et Théodore Monod. Des auteurs qui forgeront ses goûts pour la nature et l’aventure humaine. Il sera ensuite pendant 20 ans un professionnel du tourisme, en Alsace, sur l’Ile de Ré, en Auvergne, en Corse où sous l’influence de son grand frère Jean-Claude, il transforme les villages de vacances en lieu culturels, organisant des journées sur le solaire ou, déjà, la récupération des piles usagées et la plantation de milliers d’arbres. Moniteur de ski de fond, il devient aussi un spécialiste du chamois sous la houlette d’un forestier qui le prit sous son aile et qui lui a apprit la forêt.
 
En 1992, il crée avec sa femme Carina le Festival du vent de Calvi, une manifestation pluridisciplinaire et à conscience planétaire qui réunit arts, sciences, sports, nouvelles technologies, droits humains et écologie. A l’époque, ce festival avait été créé dans la foulée du Sommet de la Terre de Rio qui prônait un développement durable pour la planète. C’est aussi avec l’association organisatrice « Les Amis du Vent » qu’il lance, en 2000, l’opération « Halte aux sacs plastiques! ». Le succès de cette opération s’est poursuivi sur le continent où d’autres enseignes comme Leclerc et Carrefour l’ont relayée avec succès.
 
Il sera le directeur du Festiventu in Calvi jusqu’en 2006. C’est à cette date que Daniel Richard, President du WWF France, aujourd’hui Président du groupe NovaPress, lui propose de prendre la direction générale de l’association. Serge Orru, « réformiste déterminé », va donner une nouvelle dynamique à cette organisation et monter de nombreuses opérations comme la création, avec d’autres associations, de l’Alliance pour la Planète qui permit le Grenelle de l’environnement, ou encore la campagne « Oui au bio dans ma cantine » dont l’objectif est de favoriser les produits biologiques dans la restauration collective. Sous son impulsion, WWF France va gagner plus de 60 000 adhérents, doubler son budget, va voir augmenter son nombre de permanents, ils sont aujourd’hui une centaine, et poursuivre les actions en partenariat avec les forces vives du pays dont les entreprises.
 
Une stratégie hétérodoxe pas toujours bien perçue par les puristes de l'écologie, même si elle est aujourd'hui répandue dans la plupart des ONG. A cela, il rappelle que les partenariats avec les marques ne représentent que 30% du budget global de WWF, et il l'assume. Car pour lui, « On ne peut pas se contenter de dire que le monde l’entreprise c’est mal et ne rien faire avec lui. Le monde de l’entreprise est constitué de millions d’hommes et de femmes qui aiment leurs enfants, qui aiment leur planète, et qui ont envie que les choses progressent. ». Les contradictions existent mais il faut les dépasser. On ne peut rester entre les « Yakafaukon » et les « On ne peut rien faire ».
 
Il affiche même quelques belles réussites, comme avec Carrefour qui décide d’apposer le label durable FSC sur ses meubles et met fin à la vente de thon rouge dans ses rayons, ou lorsque Tétrapack démontre que l’empreinte écologique de ses briques alimentaires est moindre que celle d’une bouteille en plastique.
 
Serge Orru est aussi celui qui a arraché en 2011 à Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, et au cours d’un déjeuner qui réunissait plusieurs associations écologistes, un audit sur le nucléaire français. La ministre de l'Environnement de l'époque, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui participait au déjeuner, lui confiera d'ailleurs : « Tu ne te rends pas compte de ce que tu viens d'obtenir! » Le rapport rédigé par 17 magistrats de la cour de Comptes sera publié fin janvier 2012, révélant que le nucléaire français est particulièrement coûteux. Dans le magazine Challenges, Serge Orru précisera : « On ne va pas sortir du nucléaire du jour au lendemain. Mais il faut remettre les choses en perspective: 75 % de notre production électrique est assurée par le nucléaire, mais cela ne représente que 17 % de notre consommation énergétique totale! La France doit, avec ses voisins européens, créer une filière des énergies renouvelables comme elle l'a fait dans le nucléaire. Les Japonais, les Américains, les Chinois investissent massivement dans ce secteur. Dans vingt ans, ils seront leaders. Ce qui nous intéresse, c'est qu'il y ait une production industrielle, qui crée des emplois. »
 
Son activisme dérange, mais « on ne jette des pierres que sur les arbres qui portent des fruits », dit-on. Serge Orru est soutenu par de nombreuses personnalités du monde de l’écologie dont Pierre Rabhi, Corinne Lepage, Jean-Paul Besset, Marie-Christine Blandin, ou Yann Arthus-Bertrand. Isabelle Autissier, Présidente du WWF France, le conseil d'administration, et Jim Leape, directeur général du WWF International, lui ont également renouvelé leur confiance. Des attaques qui ne l’empêchent en rien de poursuivre ses combats. Au mois de mai 2012, il publiait dans Le Monde un appel au nouveau président de la République afin qu’il organise des états généraux de l’agriculture et mette en place un Pacte agricole pour une politique « qui accorde à l’agriculture un rôle central dans l’aménagement du territoire, l’alimentation et la refondation des relations homme-nature ». Pour Serge Orru l’écologie est un engagement pugnace et... durable.

La Rédaction





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