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La finance comportementale : rationalité et irrationalité des investisseurs




Vendredi 19 Avril 2013


Le principe de la finance comportementale repose sur l’utilisation de fondements de la psychologie afin de comprendre les phénomènes observés en finance. Cette discipline part du postulat de la rationalité des investisseurs, qu’elle remet en question, pour en comprendre les agissements irrationnels observés au sein des marchés. La finalité est évidemment de pouvoir tirer un profit par la mise en place de stratégies permettant la prédiction de situations illogiques. La théorie de l’homo œconomicus, selon laquelle une personne effectue un calcul avantages/coûts, est ainsi écartée au profit du postulat d’une rationalité limitée de l’individu.



Quelles conclusions tirer de ces irrationalités

Crédit photo : Katrina.Tuliao
Crédit photo : Katrina.Tuliao
Fondamentalement, la finance comportementale utilise les faiblesses de l’homme (ses peurs, son avidité, sa culpabilité, etc.) pour déterminer une analyse de son comportement et en tirer un ensemble de tendances. Il s’agit donc de profiter du comportement irrationnel des investisseurs et de l’exploiter pour réaliser des bénéfices. Chez J.P. Morgan, cette théorie a depuis longtemps(1) trouvé une application concrète puisqu’elle est intégrée dans le panel de solutions proposées à leurs clients. L’analyse qui est faite du marché des actions est basée sur le comportement émotif des acteurs, où « les investisseurs ont tendance à acheter les actions qui font fureur ou à vendre les actions surévaluées dans la panique. Ils conservent aussi parfois trop longtemps les actions peu performantes, car ils refusent d’admettre leur erreur ». À ces réactions, qui sont « responsables des anomalies de cours sur les marchés », ils opposent un processus de placement adéquat qui utilise le « comportement […] comme sources de rendements ».
 
Au-delà de l’utilisation économique de ces irrationalités, il est possible de dégager deux tendances du comportement humain. Premièrement, alors qu’une large partie de la théorie financière classique est basée sur le paradigme d’un individu étranger à tout goût pour le risque, il apparait que l’être humain est joueur. Ce qui induit le second point. Il est possible de dégager des erreurs récurrentes. C’est ici que se joue l’apport de l’analyse. Puisque l’étude comportementaliste a pour objet de souligner une tendance. Aussi, les investisseurs ont une nette tendance à être optimistes au même moment, et ce d'autant plus si les rentabilités ont été élevées dans un passé proche. Ces « anomalies » de la rationalité des acteurs économiques montrent que l’individu se dégage souvent du calcul coûts/avantages pour concentrer majoritairement son analyse sur la partie avantages. Mais est-ce seulement par appât du gain, par inclinaison pour le risque ? Est-on rationnel dans nos choix ?

Pour aller plus loin : la rationalité limitée et l’absence de vision globale

La finance comportementale : rationalité et irrationalité des investisseurs
C’est du côté de la sociologie et de l’analyse des processus décisionnels qu’il faut se tourner pour trouver une seconde analyse des comportements humains quant à l’évaluation de leur rationalité. Herbert Alexander Simon développe le concept de rationalité limitée, selon lequel un individu dépend d’un certain nombre de facteurs externes dans la rationalité de sa prise de décision. Cette prise de décision est entre autres conditionnée par l’accès à l’information et sa qualité. Cela suppose donc que l’homme ne dispose pas a priori de tous les éléments nécessaires à la prise d’une décision optimale.
 
Par ailleurs, d’autres théories viennent étayer cette réflexion. À la place d’une irrationalité dans les décisions, Lindblom propose la notion d’incrémentalisme. C’est-à-dire une décision qui se fait par évolutions successives. Il existerait par là une certaine rationalité dans l’irrationalité apparente de la prise de décision. En réalité, cela se justifie davantage dans une situation de groupe, c’est par la négociation et l’arrangement mutuel que les décisions sont prises. Ainsi, ce qui parait illogique n’est que le fruit d’un concentré de consensus. Ce qu’il démontre par ailleurs, c’est que le modèle de la rationalité de type économique ne peut pas fonctionner parce qu'il ne répond pas aux quatre critères de la décision rationnelle. À savoir, l'omniscience de l'acteur pour décider, il ne doit pas y avoir d'ambiguïté sur les objectifs, tous les participants doivent partager les mêmes valeurs, le besoin de ressources stables tout au long du processus de décision.
 
De plus, pour Crozier et Friedberg, la notion d’un acteur rationnel se construit avant tout par rapport à la rationalité des autres acteurs. La rationalité de l’individu procède avant tout de l’intersubjectivité.
 
En revanche, une autre analyse très pertinente vient du modèle de la Garbage Can Model ou modèle de la poubelle. Développé par Cohen, March et Olsen, il introduit la notion « d'anarchie organisée », c’est-à-dire qu’une décision ne dépendrait pas d’une action rationnelle, mais davantage du choix le plus visible aux yeux de l’acteur. Ici, les décisions sont plus le fruit du hasard que de la volonté de quiconque. Il est possible de développer trois idées pour aller plus en profondeur de ce concept : la décision ne serait pas du fait du ou des décideurs (on peut avoir par exemple une personne qui endosse simplement la décision, comme un ministre) ; il est difficile d'isoler un acte spécifique (la décision), elle est donc davantage vue comme un processus décisionnel ; il n’est pas possible de dégager un moment clair où une décision est prise. Il est donc difficile de désigner les influences jouant sur la décision à ce moment. En outre, une majorité d’acteurs tentent de placer une solution « a priori ». Dès qu’un problème ou une question demandant un choix se pose à eux, ils essayent d’adapter leurs solutions déjà prêtes à la problématique.
 
Ces différentes théories nous montrent combien il est difficile de dégager une régularité ainsi que la cause de la décision d’un acteur. La finance comportementale ne doit donc pas être prise comme une science exacte, mais bien comme une étude comportementaliste permettant de déduire une série de tendances. Par ailleurs, elle a perdu de son utilité ses dernières années, et il se pourrait qu’elle en perde encore. La rationalité de l’homme a de moins en moins besoin d’être comprise dans le sens, les machines remplaçant peu à peu ses actions. L’utilisation d’algorithme, l’implication et le perfectionnement de modèles informatiques sont sans cesse plus importants, et le caractère d’autogestion de nombre d’entre eux impressionnant. Comme c’est le cas avec les modèles HFT (high-trade frequency) ou modèles de transaction à haute fréquence.


(1)Cela fait 18 ans qu’ils exploitent la stratégie de finance comportementale.

La rédaction





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