On regroupera les critiques apportées sur l’euro en 4 catégories :
1. Une erreur de conception :
L’histoire économique nous enseigne qu’une union monétaire ne peut réussir que si elle s’accompagne d’une union économique et politique. Plusieurs exemples viennent appuyer cette observation : la création du mark ou de la lire ont accompagné les unifications allemandes et italiennes ; inversement l’Union Latine ou l’Union Scandinave ont échoué, faute d’un consensus politique fort.
D’un point de vue théorique une union monétaire suppose, pour réussir, l’existence d’une zone monétaire optimale, c’est à dire une mobilité forte des facteurs de production, capital et travail, ainsi que la mise en place de la convergence économique ; sur ce dernier point, il ne s’agit pas d’avoir des pays avec les mêmes structures industrielles, mais des pays avec des avantages comparatifs reconnus, et un « niveau de vie » proche.
Les Etats-Unis présentent de ce fait les caractéristiques d’une zone monétaire optimale, en grande partie, grâce au fédéralisme politique qui permet de faciliter cette convergence économique à travers l’action positive du budget fédéral (12% du PIB contre 1% pour l’Union Européenne).
2. Des erreurs dans la mise en place
Pour des raisons politiques, l’Union Européenne a souhaité que le maximum de pays puisse appartenir, dés le début, à la zone euro. Ainsi on a fait entrer dés le 1er janvier 1999, des Etats périphériques, tels que la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne (dénommées péjorativement les « PIGS ») dont les structures économiques sont fragiles : ainsi la Grèce dépend beaucoup du tourisme, l’Irlande d’un « dumping » fiscal excessif ; quand à l’Espagne, elle s’est trop reposée sur son développement immobilier, au détriment d’une véritable industrialisation.
Par ailleurs, ces pays ont adhéré à l’euro, à des cours de change, qui de mon point de vue, étaient surévalués, ce qui a fortement nuit à leur compétitivité. De ce fait, au lieu de converger, leurs économies sont restées au mieux distancées par les leaders européens, voire ont divergé encore plus et cela malgré des subventions européennes abondantes.
3. L’absence de contrôles efficaces
Bien qu’il existe des normes « prudentielles » élaborées dans le cadre du Traité de Maastricht et du Pacte de Stabilité qui y a été adjoint (en particulier les règles de 60% d’endettement publique maximum et de 3 % de déficit budgétaire maximum), aucune sanction n’a été prise lorsque les Etats de la zone euro ont presque tous dépassé ces limites. De toutes façons, l’application de sanctions pourtant prévues dans les traités n’a jamais été envisagée sérieusement, car elle implique un partage de souveraineté que les pays n’étaient pas prêts à accepter.
En outre, certains pays (en particulier la Grèce) ont triché sur leurs statistiques réelles ou ont pratiqué des camouflages plus ou moins officiels destinés à sous-estimer la gravité de leur situation.
4. Le manque de solutions de secours
Il faut reconnaître que la zone euro a plutôt bien fonctionné durant les premières années ; elle a survécu sans problème majeur à la crise des « dotcoms » de 2001 ou, à la surévaluation de l’euro (2008), mais la crise financière de 2009-2010 est venue bousculer ces certitudes.
D’une part, les marchés qui avaient fini par considérer l’euro comme une monnaie internationale à part entière ont étés secoués par la crise grecque éclatée d’une façon assez inattendue ; la réponse des investisseurs a été également rapide : les primes de risques sont réapparues dans toute leur ampleur sur les pays menacés, dans la mesure où le principe de « mutualisation » des risques a été remis en question.
D’autre part, on s’est aperçu qu’il n’existait pas vraiment de procédure d’aide pour ces Etats en difficulté. La BCE ne pouvait pas jouer le rôle de pompier d’une façon durable. Il a donc fallu créer, à chaud, deux mécanismes appropriés : le FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière) propre à la zone euro et le MESF (Mécanisme Européen de Stabilisation Financière), dépendant de Bruxelles.
A partir de ce diagnostic, quelles pistes peut-on envisager pour l’avenir ?