Carnets du Business


           

Paroles d’entrepreneur : Yves Laisné, citoyen d’Europe, dans des états en déconstruction




Mercredi 4 Juin 2014


Yves Laisné, diplômé de deux DES de droit et d’un doctorat, est aujourd’hui à la tête d’un cabinet de conseil aux entreprises. Il est aussi un libéral convaincu qui vit pleinement sa citoyenneté européenne, partageant son temps entre l’Allemagne la Belgique et la France. Il nous explique son parcours, et livre son analyse sur le devenir d’états, bientôt en proie selon lui à de profonds bouleversements.




Pourquoi le choix du droit ?

A l’origine de mon cursus se trouve en grande partie la volonté de mes parents, encore marqués par la crise de 1929. Après un passage en Algérie, mon père a été pris à la SNCF comme traducteur en langue allemande. Mes parents aspiraient pour moi à une situation stable sur la base d’une grande frayeur des situations « précaires » du privé. Je me suis orienté sur ces considérations vers l’université, vers des études de droit avec à la clé deux DES en droit privé et en droit public. L’objectif était alors de devenir magistrat.
 
Sauf que cela ne me tentait pas. Arrivé à l’âge de 22 ou 23 ans, il fallait que je commence à gagner ma vie. J’ai donc demandé à faire des vacations, que j’ai obtenues à l’IUT du Havre. Ayant passé mon DES l’année suivante, j’ai obtenu un poste d’assistant, que j’ai conservé en passant mon 2ème DES. J’ai donc entamé la carrière universitaire, dont j’ai fait le tour assez rapidement, avec toujours une attirance forte pour le monde des affaires, malgré le « risque », tel qu’envisagé par mes parents. Pris par la carrière universitaire j’ai d’abord poursuivi sur cette voie, avec en parallèle un certain nombre d’activités dans plusieurs associations politiques universitaires, avec pour fil directeur l’anticommunisme, et auprès de l’UIMM. Je suis devenu par ailleurs conseiller juridique du recteur de Rouen, tout en étant simple assistant. Par la suite je suis aussi devenu directeur des études d’un département de gestion de l’IUT du Havre.

Pourquoi quittez-vous le monde universitaire ?

Au bout de dix ans, en 1981, à l’arrivée de Mitterrand au pouvoir, mes engagements anti-communistes ont rendu ma situation intenable. En résumé, je venais de quitter le monde de l’université que j’estimais assez peu et j’enseignais le droit commercial tout en ne sachant pas ce qu’était le commerce : j’étais dans la situation désagréable d’un décalage entre ce que l’on fait et la réalité, avec des savoirs livresques sans prise concrète avec la réalité. J’ai donc quitté l’université, et mes relations à l’UIMM m’ont permis de retrouver un poste de secrétaire général du groupement d’entreprises du Sud-ouest de Paris, une structure du CNPF (aujourd’hui MEDEF). Si je parle maintenant des syndicats patronaux comme d’une structure d’encadrement des entreprises et non de défense des entreprises, c’est bien parce que je les ai expérimentés de l’intérieur.

Vous ne semblez pas avoir gardé en haute estime les organisations professionnelles…

Pour mes premiers pas au CNPF, je suis passé en formation entre les mains du Directeur général aux affaires sociales du CNPF. Il nous a très clairement expliqué à l’époque quels étaient les syndicats qu’il fallait favoriser et avec lesquels nous pouvions discuter : les fameux « partenaires sociaux ». J’ai compris à ce moment que l’opposition affichée entre pouvoirs publics, organisations patronales et syndicats est en réalité un ballet, dans lequel chacun a son rôle et joue sa partition. C’est une partie de ce système qu’a révélé l’affaire de l’UIMM et les déclarations de Denis Gautier-Sauvagnac, expliquant que des millions d’euros servaient bien à « fluidifier le dialogue social ». Tout était dit. Du coup, me retrouver cadre supérieur d’une espèce de corporation professionnelle ne correspondait pas à ce que j’étais venu chercher en me rapprochant du patronat. Estimant avoir fait le tour ici aussi, j’ai donc créé mes propres entreprises, en prenant progressivement mon indépendance.

Quelle réalité recouvre le « mérite » selon vous dans la réussite ?

Le mérite amène la réussite, si on y ajoute la persévérance, la solidité et la chance. La chance est, elle, un « don du ciel ». Vous en avez ou vous n’en avez pas. Vous pouvez également en avoir toute votre vie et la voir vous abandonner brutalement d’un seul coup.

Comment appréhendez-vous la possibilité de l’échec ?

Cela peut être l’occasion d’un rebond positif. Vous pouvez rebondir, à condition, selon moi, de ne pas échouer en France. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait, car j’ai connu un échec retentissant : l’OPA sur les sociétés immobilières du 1% construction en 1994-1995. J’ai rebondi parce que je me suis exilé. Je pense que si j’étais resté franco-français, ma situation d’aujourd’hui ne serait pas la même. J’ai fait le choix à l’époque d’aller vivre en Belgique, ce qui m’a permis d’acquérir la nationalité belge au bout de sept ans de présence en Belgique.

Pourquoi avez-vous fait ensuite le choix de l’Allemagne comme pays de résidence ?

Parce qu’il y a très peu de Français qui parlent allemand couramment, et parce que j’ai bénéficié d’un extraordinaire concours de circonstances. J’ai pu récupérer récemment un immeuble à Berlin, ayant à l’origine appartenu à mon grand-oncle et ma grand-tante, abattus par la Gestapo le 20 juin 1944. L’immeuble avait été saisi puis vendu début juin 1944 à un architecte et dignitaire nazi, portant fièrement le titre d’SS d’honneur ( !). En théorie, en l’absence d’héritier, l’immeuble pouvait donc rester dans la famille du SS en question. En 1947, l’immeuble est saisi par les communistes, sous couvert de l’administration autonome populaire, et l’affaire ne bouge pas jusqu’à la chute du mur.
 
En 1973, le SS meurt dans son lit, laissant derrière lui un fils de la même veine idéologique. En 1990, après la réunification, le fils en question se présente à l’administration foncière pour faire valoir ses droits sur l’immeuble, et obtient l’inscription sur les registres fonciers de son titre de propriété, en oubliant toutefois de passer par l’administration spéciale des biens vacants de la ville de Berlin, qui doit pourtant être saisie d’une demande préalable dans ce cas. J’ai saisi cette administration et obtenu gain de cause sur toute la ligne en 2002. Je récupère donc l’immeuble et les loyers perçus. Signe du destin, le jour du procès, mon adversaire a été frappé d’hémiplégie.
 
L’immeuble n’étant pas en très bon état, je l’ai vendu à une compagnie d’assurance et j’ai réinvesti en Allemagne où le marché est très bas. Le hasard a voulu que je tombe sur la vente du château de Bützow. Celui-ci est un château historique qui m’a séduit. Je consacre désormais à sa restauration tous les excédents que je peux dégager.

La Rédaction




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