L’étude du Bassin potassique à travers ses spécificités identitaires (un grand nombre d’habitants imprégnés par l’histoire de la mine), paysagères (cités minières, terrils de sel, hangars, forêts éparses, voies ferrées), économiques (passage d’une mono-activité minière au déploiement d’activités nouvelles) m’a permis de valider certaines hypothèses.
En effet, pour choisir un territoire pertinent, il faut que la population soit mue par un projet de territoire commun, que le mode de gouvernance qui organise l’Agenda 21 local soit à la fois dirigé (il faut planifier à long terme en petit comité) et consulté (il faut que les concitoyens donnent ensuite leur avis).
CdB : Des collectivités territoriales ou même des entreprises ont-elles déjà utilisé vos travaux ?
F.B. : Au départ, c’est un parc d’activité à vocation environnementale “SECOIA” (Sphère Eco-Industrie d’Alsace) qui est à l’origine du projet. Ses responsables avaient commandé un diagnostic complet du carreau de mine Joseph-Else situé sur la commune de Wittelsheim (sud du Bassin potassique) pour l’aménagement d’un parc d’activité à haute qualité environnementale, élément clé de la ré-industrialisation du bassin. C’est notre laboratoire basé à Paris (Ecole Normale Supérieure en collaboration avec l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris) qui a été chargé de cette étude.
D’autres sites de reconversion du bassin ont ensuite été étudiés. Un financement a pu être trouvé auprès de l’ADEME pour élaborer une méthode de diagnostic territorial de développement durable pour tout le bassin. Nous avons beaucoup travaillé avec les Mines de Potasse d’Alsace, l’ex-Communauté de communes du Bassin potassique ainsi que les associations et les habitants du bassin. Aujourd’hui, ce sont des collectivités comme la Communauté de Mulhouse Sud-Alsace (16 communes, 170 000 habitants), dont le Président Jo Spiegel a préfacé l’ouvrage, qui s’est intéressée à ma démarche. Des organisations comme le Forum pour la gestion des villes et des collectivités territoriales sont intéressés par des formations. Cet ouvrage vient d’être publié, aussi nous attendons avec impatience les réactions des collectivités qui l’auront consulté.
CdB : D’autres démarches de ce type ont du être expérimentées ailleurs, en France et à l’étranger. Qu’en pensez-vous ?
F.B. : Cette démarche n’est certainement pas la seule proposée à ce jour aux collectivités territoriales. Elle présente cependant l’avantage de sélectionner parmi les méthodologies du moment (Charte pour l’environnement, Charte de territoire, Charte de pays, Agence Régionale pour l’Environnement en Midi-Pyrénées, Centre d’études sur les Réseaux, les Transports, l’Urbanisme et les constructions publiques, Charte de développement durable dans le Pays du Bugey, etc.) les éléments de diagnostic les plus pertinents. De nombreux exemples méritent d’être cités en Europe. Des villes comme Berlin en Allemagne, Nacka en Suède, Lille ou Echirolles en France ont développé des plans de développement durable exemplaires. L’originalité de notre diagnostic, outre son protocole innovant, tient dans la manière de choisir un territoire pertinent de projet. Pour ce qui est du Bassin potassique, elle ne se fonde pas uniquement sur des aspects physiques (entre les Vosges à l’ouest et le Rhin à l’est, Mulhouse au sud et Colmar au nord) administratifs (limites communales, départementales, etc.) ou géopolitiques (espace transfrontalier entre France, Allemagne et Suisse), mais sur une identité commune (liée à l’histoire de la mine).
Aujourd’hui, un grand nombre de métropoles européennes (grandes villes et/ou communauté d’agglomération) crée entre elles des réseaux pour partager leurs efforts à entreprendre et mettre en place de méthodes. Comme le précise le Comité 21, “l’échange entre les territoires reste aujourd’hui une des conditions de renforcement des pouvoirs des collectivités à apporter des réponses à la hauteur de enjeux et à représenter les attentes auprès de la Commission européenne.” Ces mises en relation sont aujourd’hui favorisées par “Agoragendas21” qui permet à de nombreux responsables en charge de l’Agenda 21 de communiquer entre eux via Internet. Nous souhaitons ainsi par ce biais faire adhérer un grand nombre d’acteurs de ce réseau à notre démarche.
François BESANCENOT, Territoire et développement durable: diagnostic, chez L'Harmattan