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Carnets du Business


           
Olivier Meier
Olivier Meier est Professeur des Universités, directeur de recherche au Lipha Paris Est et visiting... En savoir plus sur cet auteur

Logistique et supply chain inversée




Lundi 10 Septembre 2018


Nous allons nous intéresser dans cet article à une activité économique récente dans le champ de la logistique, qui peut à terme constituer une source potentielle de création de valeur pour les entreprises industrielles et commerciales, à savoir la supply chain inversée. Domaine de recherche récent, souvent mal maîtrisé, la reverse logistics est aujourd’hui au centre de l’organisation de la supply chain et tend à devenir une réponse stratégique et durable à la rareté des ressources et aux exigences des consommateurs.



©IngImage
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A l’origine, les chaînes logistiques classiques ont permis de répondre efficacement aux besoins des clients en produits et services (rationalisation et optimisation des activités de transport et distribution). Néanmoins, les retours, les rejets et les matières dérivées de ces activités étaient la plupart du temps, éliminés ou ignorés, soulevant des préoccupations sociales et environnementales quant à la conception des produits, des processus et des réseaux logistiques (Paturot, 2018 ; Breka, 2014). Si la maîtrise des flux logistiques semble aujourd’hui être maîtrisée par les industriels et les prestataires de services, il en va différemment de la maîtrise des flux de retours, appelée également « reverse logistique » ou « logistique à rebours ». D’abord considérée par les fabricants comme une activité sans valeur (Keh et al. 2012), ce sont des entreprises pionnières comme IBM qui ont commencé à changer les mentalités. Puis, son importance a crû avec le développement du e-commerce et de la législation (notamment au niveau du traitement des déchets). La supply chain inversée est devenue également un enjeu en matière de développement durable (protection de l’environnement) et de politique marketing (nouveaux services) et commerciale (satisfaction des clients).

Le Council of Logistics Management présente la reverse logistics comme un « processus efficient de planification, de mise en oeuvre et de contrôle des flux de marchandises, d’encours, de produits finis, du point de consommation jusqu’au point d’origine et de l’information relative aux flux. » On peut donc définir la supply chain inversée (cycle de retour des produits et emballages) comme le processus par lequel un producteur/ fabricant accepte des produits, pièces ou emballages précédemment expédiés du point de consommation ou d’utilisation, pour possiblement les réutiliser, les reconditionner, les réparer, les remettre à neuf ou pour en extraire des actifs secondaires. La chaîne globale logistique inversée vise par conséquent à valoriser des produits /éléments défectueux ou imparfaits, via un réseau de création de valeur intégrant les processus de réparation, récupération, traitement, recyclage ou d'élimination propre.

De façon générale, on peut dénombrer trois activités au sein de la reverse logistics (Olorunniwo et al., 2008): le retour des invendus, le retour des SAV à travers de nouveaux services (traçabilité, réparation premier niveau, installation...) et la gestion des produits en fin de vie (récupération et valorisation des déchets). Cette chaîne globale logistique sous-entend donc l’implication de différentes activités et de multiples acteurs, des clients des clients aux fournisseurs des fournisseurs. Elle couvre un champ englobant plusieurs parties aux intérêts différents : les clients (qui lors du retour d’un produit attendent la prise en charge de leur demande), l’entreprise elle-même (qui cherche à améliorer son organisation et sa gouvernance), l’environnement (protection de l’environnement et valorisation des matières premières), les prestataires logistiques (qui trouvent un nouveau domaine d’activité dans la reverse). Une telle configuration favorise donc les stratégies collectives (coopérations et partenariats) par rapport à des démarches individuelles, compte tenu du nombre d’acteurs en jeu pour organiser et piloter l’ensemble des activités.

La supply chain inversée est donc devenue une activité globale et stratégique qui intervient à différents niveaux de la chaîne logistique. Elle tend aujourd’hui à s’imposer comme l’un des principaux leviers de création de valeur dans le champ de la logistique, en permettant de réconcilier enjeux économiques, sociaux et sociétaux, à travers une nouvelle manière de concevoir et d’organiser la gestion des activités : amélioration des principaux flux (plateformes, points de collecte, capacités de gatekeeping, politique d’optimisation), assistance personnalisée au consommateur, pré-formatage de certaines activités (formulaires, étiquettes, adhésives de retour…), supports de contacts et d’informations au service des clients, mais également forums d’échanges et de discussions (remontée d’informations et axes d’amélioration).

Bibliographie

Breka, JN. (2014), ≪ Et si la reverse logistics devenait la solution face à l’épuisement des ressources naturelles ? ≫, Logistique & Management, 22 (1): 35‑41.

Keh P., Rodhain F., Meissonier R., et Llorca V. (2012), ≪ Financial Performance, Environmental Compliance, and Social Outcomes: The three Challenges of Reverse Logistics. Case Study of IBM Montpellier ≫, Supply Chain Forum: An International Journal ,13 (3): 26‑38.

Olorunniwo, F., Li X. (2008), ≪ An exploration of reverse logistics practices in three companies ≫, Supply Chain Management: An International Journal ,13 (5): 381‑86.

Paturot A. (2018), Intégration de la logistique inverse à la logistique de distribution, rapport de recherche, IAE Gustave Eiffel.

Tibben-Lembke, R. S., Rogers D. S. (2002), ≪ Differences between Forward and Reverse Logistics in a Retail Environment ≫, Supply Chain Management: An International Journal,7 (5): 271‑82.






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