Carnets du Business


           

Eric jacquemet : "être exemplaire, attentif et juste"




Lundi 23 Août 2010


Son cœur de métier : la stratégie. Son plus fidèle atout : ses collaborateurs. Bien plus qu’une entrevue avec le « PDG» ; c’est à la rencontre de « l’homme » que nous avons été invités. Car le Président de TNT Express France est un individu qui pense sa fonction avec recul. Ce dirigeant qui renvoie de lui-même l’image d’un homme d’action, n’en est pas moins un homme d’écoute et de réflexion. Nous en avons profité pour faire une brève incursion dans le quotidien d’un grand patron.



Eric Jacquemet, Président de TNT Express France
Eric Jacquemet, Président de TNT Express France

C.D.B.: On dit du secteur des transports qu’il est un baromètre de l’économie mondiale. En tant que dirigeant, quel regard portez-vous sur la crise ? Quels enseignements doit-on en tirer ?

Eric Jacquemet: Il est peut-être trop tôt pour tirer un bilan des mutations qu’aura engendré cette crise. D’un point de vue purement financier, on peut certes en évaluer l’impact global. Mais les conséquences que je redoute le plus à moyen terme, plus insidieuses celles-ci, sont humaines. Au-delà des suppressions d’emplois, les dirigeants devront tôt ou tard se pencher sur une question très sérieuse: il s’agit de ce nouveau déficit de confiance des individus envers l’entreprise. Lorsqu’une économie est gouvernée au mépris des valeurs morales élémentaires, il devient difficile d’obtenir de la part des travailleurs un engagement fort, gage de compétitivité pour l’entreprise.

C.D.B.: Vous songez à des entreprises en particulier ?

Eric Jacquemet: Non, mais les exemples sont nombreux. Et l’opinion formule un jugement parfois sévère, mais la plupart du temps légitime. Je persiste à croire que l’entreprise est une aventure collective dans laquelle chacun endosse une part de responsabilité, proportionnelle à la mission qu’on lui a confiée, et donc au niveau de confiance qu’on lui accorde. Et trop souvent, les salariés sont les premiers sanctionnés. Quand bien même ce sont les choix des dirigeants qui furent hasardeux…

C.D.B.: Donc la crise financière est derrière nous, mais d’autres problèmes plus structurels nous guettent ?

Eric Jacquemet: A mon avis, la reconfiguration actuelle de l’économie mondiale traduit davantage qu’un bouleversement du système financier. Elle reflète une crise profonde des valeurs morales au sein de l’entreprise : on a longtemps confondu culture du résultat et culte de la performance. Les ressources humaines sont un capital, c’est certain. Mais beaucoup d’entreprises ont dilapidé ce précieux capital, plutôt que le cultiver. Je reste résolument attaché à la culture du résultat, mais l’homme n’est pas une variable d’ajustement, il est au cœur du processus de création de valeur. Les dirigeants d’une entreprise, autant que ses salariés, sont parties prenantes aux résultats, qu’ils soient bons ou mauvais.

C.D.B.: Vous êtes un patron atypique dans vos prises de position. Comment percevez-vous votre rôle de dirigeant au quotidien ?

Eric Jacquemet: Le décideur est un peu comme un joueur d’échecs. Il doit pouvoir se concentrer sur la tactique tout en anticipant sa stratégie. Autrement dit, il doit savoir jongler entre l’immédiateté et la complexité. Souvent, je suis amené à prendre des décisions dans l’urgence, tout en m’interrogeant sur les conséquences qu’elles auront à moyen-long terme. Ma responsabilité est économique, mais elle est aussi humaine. Quant aux qualités qui font d’un homme un « bon dirigeant», je dirais qu’il doit - autant que faire se peut - tâcher d’être exemplaire, attentif et juste. Le lien de confiance est un peu la pierre angulaire du management.

C.D.B.: Dans un contexte économique difficile, ressentez-vous parfois la « solitude du décideur » ?

Eric Jacquemet: Quand on se sait responsable, on ressent nécessairement des instants de solitude. Mais je suis soutenu par des équipes formidables. Savoir s’entourer est primordial. Un dirigeant est avant toute chose un coordinateur. Je suis d’ailleurs féru de sports nautiques, et j’aime me comparer à un skipper !

C.D.B.: A ce sujet, comment définiriez-vous le leadership ?

Eric Jacquemet: On conçoit souvent le leadership de manière très restrictive, en l’appliquant aux seuls dirigeants économiques ou politiques. Mais l’entreprise n’est pas une mécanique froide, elle est un système complexe au sein duquel chaque individu incarne un rouage essentiel. Et dans le métier d’intégrateur, surtout dans l’express, vous imaginez bien que si l’un de ces rouages se grippe, on met en péril son plus grand atout, à savoir le niveau de satisfaction du client. TNT France livre environ 350.000 colis par jour dans l’hexagone et à l’étranger. Travailler aujourd’hui dans le transport express exige une organisation méticuleuse, de la rigueur, de la réactivité, et surtout une grande conscience professionnelle. On a donc besoin de véritables « meneurs d’hommes » à tous les niveaux de l’entreprise, à plus forte raison chez TNT Express France qui, je le rappelle, est une entreprise alimentée au quotidien par l’énergie de ses 5000 collaborateurs.

C.D.B.: Le leadership fait donc partie intégrante du « savoir-être » en entreprise?

Eric Jacquemet: Je crois qu’un directeur, un responsable de service, ou un chef d’équipe a nécessairement des qualités de leader. D’ailleurs au même titre que l’opérateur d’un centre de tri sachant communiquer son allant et son engagement au reste de l’équipe. Le leadership, pour moi, c’est cette capacité d’entraîner les autres, de fédérer. Je ne conçois pas l’entreprise comme une organisation pyramidale, mais plutôt comme une nébuleuse de talents, de savoir-faire, de compétences, et d’attitudes. Le leadership consiste à rendre ce « tout » cohérent et opérationnel. C’est faire en sorte que tout le monde regarde, confiant, dans la même direction.

C.D.B.: Qu’est-ce qui fait, dans ce cas, la spécificité du dirigeant ?

Eric Jacquemet: J’ai l’impression qu’on s’éloigne progressivement de cette perception très paternaliste du dirigeant, traditionnelle figure d’autorité, pour aller vers une approche plus communicante de la fonction. Un bon dirigeant doit incarner et porter les valeurs de l’entreprise, aussi bien auprès des partenaires de celle-ci, que de ses salariés. Ce qui n’enlève rien aux responsabilités économiques et stratégiques du « dirigeant-décideur »!

C.D.B.: Visiblement, vous incarnez bien ces valeurs puisque votre entreprise semble plébiscitée aussi bien par ses clients, que par ses salariés. On sait combien l’exercice est difficile, mais quel regard portez-vous sur votre présidence ?

Eric Jacquemet: Sur le plan purement personnel, mon plus grand sentiment de satisfaction provient de ce que TNT Express France est effectivement plébiscitée par ses salariés aujourd’hui, puisque leur taux de satisfaction s’élève à 86%, comme le révèle notre dernier baromètre social. D’un point de vue économique, nous sommes leaders sur le marché français de la livraison express aux entreprises, et nous affichons une ambition forte dans le e-commerce. D’ailleurs nous disposons des infrastructures et des capacités opérationnelles pour répondre aux exigences de réactivité de ce dernier. J’espère donc contribuer à maintenir ce cap le plus longtemps possible, le bilan se fera en temps voulu.

C.D.B.: Quelques confidences sur les grands chantiers de TNT Express en France ?

Eric Jacquemet: D’abord, pour préserver cette position de leader, il nous faut continuer nos efforts pour fournir un service irréprochable. Ce qui constitue déjà, en soi, un enjeu permanent. Pour ce qui est de notre présence à l’international, nous préparons le lancement d’une offre commerciale inédite à la rentrée. En interne, nous poursuivons notre politique sociale puisque nous lançons un vaste plan de développement des compétences au profit de nos équipes commerciales et relation-client, principalement dans les domaines du commerce international et des langues.

C.D.B.: Donc vous abordez l’avenir avec enthousiasme…

Eric Jacquemet: Les projets du groupe à l’international sont ambitieux. Vous savez, je ne crois ni aux miracles, ni aux augures. Le meilleur moyen de prédire l’avenir, c’est d’en créer tous ensemble les conditions. Et dans un contexte de sortie de crise, un bon stratège doit faire le choix de ses armes. Les miennes, ce sont mes collaborateurs. Et compte tenu de leur engagement, j’ai toutes les raisons d’être optimiste !

Les Cdb

Dans cet article : eric jacquemet




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