Arcelor Mittal : la nationalisation votée à l’Assemblée rebat les cartes industrielles



Vendredi 28 Novembre 2025


L’adoption du texte visant à nationaliser Arcelor Mittal place la sidérurgie française sous le feu des projecteurs. Cette initiative politique relance les questions de compétitivité, d’investissements et de souveraineté industrielle. Voici ce que cette décision change réellement pour le secteur.



Un vote qui redistribue les rôles dans l’industrie française

La nationalisation d’Arcelor Mittal, adoptée par 127 voix contre 41, ouvre un nouveau chapitre pour l’un des industriels les plus stratégiques du pays. Le texte, porté par LFI, affirme que « la société ArcelorMittal France est nationalisée ». Pour les défenseurs de cette approche, l’objectif est clair : reprendre la main sur une filière en transition et protéger un actif critique pour toute la chaîne de valeur industrielle. Ce vote, obtenu dans le cadre d’une niche parlementaire, montre que la question de l’acier n’est plus seulement industrielle : elle devient un instrument de politique économique.

Pour l’entreprise, la séquence ouvre une période d’incertitude stratégique. Arcelor Mittal, engagé dans une restructuration européenne et confronté à la nécessité d’investir massivement dans la décarbonation, doit désormais composer avec un débat national qui pourrait influencer ses arbitrages. Les syndicats saluent une « première étape », estimant que le vote crée un rapport de force susceptible d’accélérer les investissements. À l’inverse, plusieurs acteurs économiques redoutent une nationalisation forcée qui alourdirait la trajectoire financière et compliquerait les relations avec les marchés internationaux.

Un avenir législatif incertain mais une pression durable sur l’exécutif

Malgré son adoption, la nationalisation d’Arcelor Mittal ne constitue pas encore une réalité juridique. Le gouvernement a réaffirmé son opposition, évoquant un risque budgétaire majeur et rappelant qu’aucune stratégie européenne ne soutient cette option. Le Sénat, dominé par la droite, pourrait rejeter le texte, réduisant sa portée législative. Toutefois, ce vote crée une pression politique réelle : l’exécutif doit désormais préciser son plan pour garantir la pérennité industrielle du groupe et répondre aux attentes des salariés et des territoires.

Même sans application immédiate, le vote influence déjà l’actualité. Les besoins d’investissements massifs, estimés à environ 3 milliards d’euros, deviennent un argument central pour reposer la question du financement public. La nationalisation, même hypothétique, pourrait servir de levier pour renégocier avec la direction, mobiliser des subventions ou réorienter les engagements industriels. Arcelor Mittal se retrouve ainsi au cœur d’un débat où s’entremêlent exigences écologiques, contrainte budgétaire et impératifs de compétitivité. Quelle que soit l’issue, le groupe est désormais au centre d’une bataille stratégique qui pourrait remodeler l’industrie lourde française.

Adélaïde Motte