Christelle Thieffinne, nouvelle patronne de CFE-CGC, a de grandes ambitions



Jeudi 11 Juin 2026


Christelle Thieffinne vient d'être élue à la tête de la CFE-CGC avec une ambition claire : faire du syndicat des cadres la troisième organisation française. Cette ingénieure de 54 ans, forte d'une audience en progression, mise sur la féminisation du mouvement syndical et l'unité d'action pour concrétiser ses objectifs.



​Une ingénieure aux commandes du syndicat de l'encadrement

Le 10 juin, Christelle Thieffinne a pris les rênes de la CFE-CGC lors du 39e congrès du syndicat à Strasbourg. Seule candidate en lice, cette ingénieure de 54 ans succède à François Hommeril et devient la deuxième femme à diriger l'organisation représentant les cadres et l'encadrement. Son élection, approuvée par 610 délégués contre 91 abstentions, intervient alors que la confédération connaît une dynamique de croissance remarquable.

L'ambition de la nouvelle dirigeante ne souffre d'aucune ambiguïté. "Je veux faire de la CFE-CGC la troisième organisation syndicale de ce pays", a-t-elle déclaré à la tribune strasbourgeoise. Un objectif qui s'appuie sur des fondements solides : le syndicat occupe actuellement la quatrième position nationale et talonne Force Ouvrière dans les classements d'audience.

Le profil de Christelle Thieffinne reflète parfaitement la sociologie contemporaine de l'encadrement français. Diplômée en ingénierie, elle a bâti l'essentiel de sa carrière professionnelle chez Thales AVS, sur le site industriel de Vendôme dans le Loir-et-Cher. 

Son ascension au sein du mouvement syndical s'est effectuée progressivement, depuis la très influente fédération de la métallurgie. Soutenue également par la fédération de l'énergie, cette quinquagénaire a su s'imposer progressivement au niveau confédéral.

Depuis 2023, elle occupait déjà des responsabilités stratégiques en tant que secrétaire nationale à la protection sociale. À ce titre, elle a participé en 2025 au conclave sur les retraites et siège au Conseil d'orientation des retraites ainsi qu'au conseil d'administration de l'Agirc-Arrco, gérant les retraites complémentaires.
 

Une progression d'effectifs qui nourrit les ambitions

Les aspirations de Christelle Thieffinne reposent sur une dynamique quantitative incontestable. Selon Farida Karad, trésorière du syndicat qui conserve son poste, les effectifs ont progressé significativement : de 150 850 adhérents en 2018-2019, l'organisation en comptabilise désormais 168 098 en 2024. Plus largement, la CFE-CGC revendique aujourd'hui quelque 180 000 adhérents, contre 145 000 une décennie plus tôt.

Aux élections professionnelles organisées dans le secteur privé entre 2021 et 2025, la confédération a recueilli 12,95% des suffrages, soit une progression de 3,5 points comparativement à la période 2009-2013. La progression s'explique principalement par l'évolution structurelle du marché du travail français, avec une part croissante des cadres dans la population active.

La féminisation constitue également un facteur d'expansion notable. La part des stagiaires femmes formées par le syndicat est passée de 22% à 33% entre 2018 et 2024, témoignant d'un élargissement sociologique de la base militante.

Un pragmatisme politique face aux incertitudes électorales

Sur le terrain politique, Christelle Thieffinne adopte une approche pragmatique qui tranche avec la véhémence de son prédécesseur. Elle espère que son organisation "pourra peser pour éviter d'avoir tout et n'importe quoi" dans les programmes des candidats à la présidentielle de 2027. Sa position vis-à-vis du Rassemblement national illustre ce réalisme : "Si le RN était élu, on irait à la rencontre d'un tel gouvernement", tout en précisant que "demain, que ce soit eux ou un autre parti politique, qui venait à tailler notamment dans les droits des salariés ou le droit syndical, ils nous trouveront".

Le ton contraste nettement avec le discours de François Hommeril lors de sa passation de pouvoir. L'ancien dirigeant a livré une charge particulièrement virulente contre l'exécutif macroniste, dénonçant "l'apothéose du renoncement" et fustigeant des "ministres imbéciles, y compris parfois le premier d'entre eux". Interrogée sur sa propre pugnacité, Christelle Thieffinne a assuré qu'elle s'opposerait aux mauvaises décisions politiques, tout en précisant qu'elle aurait "un vocabulaire ou une façon de s'exprimer forcément différente".

Christelle Thieffinne a confirmé son attachement à l'unité d'action : "La CFE-CGC sera dans l'intersyndicale, il n'y a aucun doute, aucun mystère là-dessus", tout en respectant "les différences de chaque organisation".

Naviguer entre tensions internes et ambitions externes

Pour autant, l'héritage laissé par François Hommeril n'est pas exempt de zones d'ombre. Des dissensions internes concernant les relations avec l'extrême droite ont éclaté fin janvier, laissant des traces au sein de l'organisation. La nouvelle dirigeante devra naviguer entre ces tensions internes et ses ambitions externes.

L'équipe dirigeante qui l'entoure reflète néanmoins une certaine stabilité. William Viry-Allemoz, ancien secrétaire général de la CFE-CGC Énergie, devient secrétaire général, tandis que Farida Karad, issue de la Matmut, conserve le poste de trésorière. La continuité organisationnelle semble donc préservée malgré le changement de direction.

L'enjeu majeur pour Christelle Thieffinne consistera à transformer l'essai d'une croissance d'audience soutenue en véritable percée vers le podium syndical français. Dans un contexte économique incertain et face à des transformations profondes du monde du travail, la représentation de l'encadrement constitue un enjeu stratégique majeur pour l'équilibre des relations sociales françaises.

Adélaïde Motte
Dans cet article : cfe-CGC syndicats