Émeutes : l’État renonce à la surprime, mais le risque économique reste entier



Lundi 26 Janvier 2026


Le gouvernement a abandonné la surprime de 5 % sur les contrats d’assurances destinée à couvrir les dégâts des émeutes. Une décision politique qui évite un choc tarifaire immédiat, mais transfère le risque vers un mécanisme plus diffus, aux conséquences économiques durables pour le marché de l’assurance.



Un recul sur la surprime, un soulagement de court terme pour le marché

L’instauration d’une surprime de 5 % sur les contrats d’assurances aurait eu un effet immédiat sur les prix. Pour les ménages comme pour les entreprises, la hausse des primes aurait été visible, mesurable et difficilement absorbable dans un contexte d’inflation déjà élevée. En y renonçant, l’État évite une contraction supplémentaire du pouvoir d’achat et limite le risque de résiliations massives de contrats.

Pour le secteur de l’assurance, ce recul constitue également un soulagement temporaire. Une surprime obligatoire aurait rigidifié le marché, réduit la différenciation tarifaire et exposé les assureurs à une contestation accrue de leurs politiques de prix. À court terme, l’abandon de la mesure préserve la stabilité commerciale et évite un choc de réputation dans un secteur déjà perçu comme inflationniste.

Cependant, ce choix ne règle pas le problème de fond. Les dégâts liés aux émeutes restent coûteux, imprévisibles et concentrés géographiquement. Leur financement ne disparaît pas avec la surprime. Il est simplement déplacé, ce qui modifie la nature du risque sans en réduire l’ampleur économique.

Le fonds émeutes : un risque diffus, des coûts indirects pour les entreprises

Pour remplacer la surprime, le gouvernement mise sur la création d’un fonds émeutes, alimenté par une contribution volontaire des assureurs et piloté par un organisme public. D’un point de vue économique, ce dispositif introduit une incertitude supplémentaire. Aucune règle claire ne fixe le niveau de contribution attendu, ni les contreparties offertes aux assureurs participants.

Dans les faits, une contribution volontaire n’est jamais neutre. Les assureurs qui choisiront d’abonder le fonds intégreront mécaniquement ce coût dans leurs équilibres financiers. À moyen terme, cela se traduira par des ajustements tarifaires, une segmentation accrue des risques ou une hausse ciblée des primes sur certains profils professionnels, notamment les commerçants et entreprises implantés dans les zones exposées aux émeutes.

Le ciblage territorial du fonds ajoute un biais économique. Les indemnisations concerneraient uniquement certains territoires fortement touchés, tandis que les ressources proviendraient du marché national. Ce déséquilibre pose un problème d’allocation du capital assurantiel et pourrait inciter certains acteurs à réduire leur exposition dans les zones à risque, au détriment de l’investissement local.

Enfin, la création d’un nouvel organisme public chargé de gérer le fonds génère des coûts fixes supplémentaires. Gouvernance, contrôle, gestion administrative : autant de dépenses qui viendront s’ajouter au coût des indemnisations. Pour les entreprises et les assurés, le message est clair : l’abandon de la surprime ne signifie pas une baisse du coût des émeutes, mais une transformation silencieuse de leur financement.

Adélaïde Motte
Dans cet article : assurance