Gazoduc transsaharien : le méga-projet qui remet l’Algérie, le Niger et le Nigeria dans la bataille du gaz



Lundi 22 Juin 2026


Le gazoduc transsaharien revient dans l’actualité avec un enjeu clair : transformer un chantier énergétique africain en corridor d’exportation vers l’Europe. Derrière le lancement des travaux en Algérie, le projet TSGP promet jusqu’à 30 milliards de mètres cubes de gaz par an, mais il devra encore convaincre financeurs, acheteurs et industriels.



Un gazoduc stratégique pour capter la demande européenne

Le gazoduc transsaharien a franchi une étape concrète le 4 juin 2026, avec le lancement des travaux du tronçon algérien à Aoulef, dans la wilaya d’Adrar. Selon Sonatrach, cette section doit rejoindre Hassi R’Mel, cœur du réseau gazier algérien, avant d’être connectée aux infrastructures d’exportation déjà en service. Ainsi, l’Algérie cherche à valoriser un avantage compétitif majeur : elle possède déjà des routes gazières vers les marchés internationaux, notamment européens.

Pour le Nigeria, ce gazoduc offre une perspective commerciale importante : exporter une partie de ses réserves par voie terrestre, via le Niger, plutôt que dépendre uniquement du GNL et des infrastructures côtières. Le projet vise entre 20 et 30 milliards de mètres cubes par an, selon l’AFP. Par ailleurs, le tracé de plus de 4 000 kilomètres placerait le gazoduc transsaharien parmi les grands corridors énergétiques africains, avec un positionnement business direct : capter une demande européenne encore soucieuse de diversifier ses approvisionnements après la rupture avec une partie du gaz russe.

Un pari encore freiné par le financement et la concurrence

Le principal verrou reste financier. L’AFP évoque une enveloppe comprise entre 12 et 18 milliards d’euros, tandis que les précédentes estimations avaient déjà varié fortement, de 13 milliards de dollars en 2006 à près de 20 milliards de dollars après actualisation. Autrement dit, le gazoduc transsaharien avance politiquement, mais son modèle économique doit encore être consolidé. Pour attirer banques, agences de crédit-export et partenaires industriels, les trois pays devront clarifier les contrats d’achat, les tarifs de transit, la sécurité du tracé et le calendrier de mise en service.

Le projet évolue aussi dans un marché très concurrentiel. En face, le gazoduc Nigeria-Maroc, ou corridor gazier Afrique-Atlantique, promet une autre route vers l’Europe, en longeant la façade ouest-africaine. Selon l’AFP, ce projet concurrent est estimé à 23 milliards d’euros et pourrait atteindre environ 31 milliards de mètres cubes par an. Dès lors, le gazoduc transsaharien joue une course de vitesse autant qu’une bataille de crédibilité. Son atout est un accès plus direct au hub algérien. Son risque est un parcours sahélien sensible, où chaque retard peut peser sur la rentabilité.

Adélaïde Motte
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