L’entreprise, la pensée et l’action : comment naissent les projets ?



Mercredi 19 Juin 2013


Prospectiviste, prévisionniste, futurologue, stratège, pourquoi pas même prophète, nombreux sont les termes qui désignent celles et ceux dont le rôle consiste à avoir, et à donner, une vision du futur. Parmi ces visionnaires, certains ont un rôle essentiel à jouer lorsqu’ils exercent dans le monde de l’entreprise : on les appelle alors responsables de la stratégie, de la prospective ou du développement. Portait de ces stratèges à la fois analystes, sociologues, philosophes mais aussi… leaders.



Petite définition de la prospective en entreprise

La Commission européenne, dans un rapport publié en 2002, a livré une définition de la prospective qui s’applique parfaitement au monde de l’entreprise : il s’agit d’un « processus systématique et participatif (…) d’élaboration d’une vision à moyen ou long terme, destiné aux décisions actuelles et à des actions mobilisatrices communes ». En effet, en entreprise, le profil du prophète solitaire aux prédictions qui sont des fins en elles-mêmes n’a pas lieu d’être. La prospective doit être une analyse, réalisée à des fins d’actions concrètes, qui doit engager l’ensemble du groupe. Le rôle du stratège est donc d’avoir une vision du futur, mais aussi d’être capable de réaliser (ou de faire réaliser) les actions qui en découlent. Michel Godet le résume lorsqu’il explique que les trois piliers de la prospective sont : l’anticipation, l’appropriation et l’action.

Le stratège est un visionnaire

En premier lieu, le stratège d’entreprise doit anticiper : c’est en ce sens qu’il peut être qualifié de visionnaire. Pour Gaston Berger, le père de la prospective, il doit « voir loin, voir large, analyser en profondeur, prendre des risques, penser à l’homme ». En bref, il doit être capable de proposer une vision de l’environnement de demain prenant en compte le contexte dans sa globalité, sans négliger le facteur humain. Un exercice auquel doivent se livrer les entreprises pour pouvoir évoluer, à plus forte raison quand elles exercent dans des secteurs au cœur des évolutions sociétales. C’est le cas par exemple de Cofely Ineo, entreprise évoluant dans les domaines du génie électrique, des systèmes d’information et de communication et des services associés. Avec une telle palette de métiers, l’efficacité de la prospective a été un facteur essentiel dans les succès du groupe.

En effet, son directeur général délégué en charge de la stratégie, Thomas Peaucelle, s’est ainsi vu confier la tâche d’anticiper les mutations de la société et notamment les convergences entre le numérique et l’énergie, ou encore entre la construction et les services. Une anticipation juste… et gagnante, puisque Cofely Ineo peut désormais se positionner avec avantage sur le créneau de l’efficacité énergétique. Thomas Peaucelle explique, en  livrant une analyse de ce que sera la « Cité du Futur », dans une réflexion qui mêle problématiques énergétiques, de mobilité, de santé ou encore de sécurité : « Dans cinq, dix ans nos villes auront changé parce que nous aurons changé. Ineo construit la « Cité du Futur » en accompagnant les villes et leurs élus dans les grandes évolutions sociétales qui caractérisent notre époque, marquée par l’intrusion du numérique dans tous les secteurs d’activité ».

Cette capacité à imaginer ce que sera la société de demain est la qualité première du stratège. C’est à ce même exercice que se livre Sophie Boissard, directrice générale déléguée stratégie et développement de SNCF, lorsqu’elle déclare que les gares « sont des endroits idéaux pour imaginer et déployer une plate-forme de services adaptée aux besoins des voyageurs du XXIème siècle et donner à ceux-ci envie de préférer le transport collectif ». Ne pas se reposer sur l’existant donc, et toujours réfléchir, anticiper les besoins et les attentes des consommateurs en prenant en compte l’évolution de l’environnement : tels sont les caractéristiques du visionnaire d’entreprise. Un portrait qu’il est difficile de dresser sans citer Steve Jobs, qui a su créer le besoin d’objets qui font aujourd’hui partie intégrante de notre quotidien comme l’ordinateur personnel, le smartphone ou les tablettes numériques !

Le stratège est porteur d’un projet

Mais, comme le déclarait Gaston Berger, demain « est moins à découvrir qu’à inventer » : le stratège doit être le porteur d’un projet pour donner corps à sa vision. En clair : sans action, la vision n’est d’aucune utilité à l’entreprise. Rien ne sert en effet d’imaginer la gare de demain, si ce n’est pas pour lui donner corps, comme cela a été fait par exemple avec la rénovation de la Gare Saint Lazare, projet porté par Sophie Boissard, dans un esprit favorisant une mobilité plus fluide et les nouveaux services aux voyageurs. Rien ne sert de penser la ville du futur si ce n’est pour agir dans le sens de sa construction, comme le fait Cofely Ineo avec des projets d’autopartage (Angoulême) ou de tramway (Dijon) - pour ne parler que de la question de la mobilité durable. Une vision et des actions défendues avec conviction par Thomas Peaucelle.

Le stratège est un fédérateur

Enfin, le stratège d’entreprise ne peut agir seul : il appartient à un groupe et doit donc aussi endosser un rôle de leader, de fédérateur autour d’une vision qui doit être partagée par chacun de ses membres. Citons ici Steve Jobs : « l’innovation […] est une affaire de personnes, de comment vous êtes dirigés et de quelle énergie vous y mettez ». Hugues Cazenave, résumant une enquête sur la façon dont les chefs d’entreprise voient la prospective (juin 2011), déclare quant à lui : « les principes de concertations et de co-création doivent présider à sa mise en œuvre. […] C’est donc par un leadership respectueux de ces principes de concertation, d’écoute et d’ouverture au collectif que pourrait pleinement s’épanouir dans l’entreprise une vision saine de la prospective ».

De la pensée à l’action : le parcours du visionnaire d’entreprise

Le prospectiviste en entreprise ne peut donc pas être simplement penseur, ou simplement homme d’action : il doit incarner la vision de son groupe sur ce que sera demain mais aussi être capable, au sein de ce groupe, de faire partie d’un ensemble qui donnera corps à cette vision. En bref, il faut combiner trois qualités : savoir anticiper, savoir où aller, et savoir comment y aller en mobilisant les ressources de son groupe. Car, comme l’a écrit Sénèque : « il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va »…

La Rédaction