Louis Nicollin : l’entretien-vérité

"Savoir ce que ça fait de se lever le matin, de bonne heure"



Vendredi 13 Septembre 2013


Le Président du groupe Nicollin et du club de football Montpelliérain (MHSC) a répondu à toutes nos questions. Sans langue de bois, ni détours, il évoque son parcours, partage ses convictions. Louis Nicollin, à n’en pas douter, est un homme de caractère. Rafraîchissant, n'est-ce pas?



Louis Nicollin

Le Groupe Nicollin est aujourd’hui le numéro trois français de la collecte des ordures ménagères. Sur quoi repose votre développement ?

Je pense que c’est grâce aux bons collaborateurs dans le groupe qu’on a su garder les villes où on est depuis pas mal de temps. On progresse toujours, surtout actuellement en Guadeloupe, on essaie de rentrer de nouveau au Portugal, en Algérie et au Maroc. Il faut toujours garder ce qu’on a, pas mal de villes font de nouveaux appels d’offres tous les quatre ou cinq ans donc il faut être bon, faire des prix convenables, donc on se bat là-dessus. En même temps on essaye de gagner des parts de marché quand ça s’offre à nous. Ca nous demande d’être sérieux. On s’adapte, on aimerait bien aller en Angleterre, mais c’est difficile parce que nos concurrents français sont bien implantés là-bas… mais ça me va comme ça.

Sans études supérieures ni même le bac, vous dirigez une société au chiffre d’affaires de 300 millions d’euros. Votre talent, c’est de savoir choisir votre entourage ?

Ca, les études ce n’est pas grave. Ce n’est pas parce que tu as le bac, que tu es licencié en je ne sais pas quoi que tu es intelligent. Dans la vie, il faut être intelligent. Après, bien sûr, si tu es instruit et intelligent, c’est l’Amérique. Cette intelligence dans les affaires, elle sert pour le choix de l’entourage, à sentir les gens que l’on rencontre pour faire des affaires. C’est quelque chose d’inné, un peu, je crois. J’ai su m’entourer de collaborateurs valables et dévoués parce qu’un homme seul ne peut rien faire.

Vos fils travaillent avec vous, vos collaborateurs sont vos amis, est-ce parce que vous voulez partager votre succès ou, parce que pour vous, la confiance est primordiale ?

Mes deux fils ont décidé de continuer avec moi et de reprendre la boîte, donc tant mieux. Ce ne sont pas nécessairement des gens proches, je peux recruter n’importe qui, il faut qu’ils soient bons.
Louis Nicollin et ses fils

Votre père vous a fait commencer éboueur et vous surveillait pendant le ramassage, il était réputé pour être un bosseur acharné et strict avec ses employés. Qu’avez-vous retenu de votre éducation à la dure ?

A l’école je n’étais pas motivé, c’est la vie !! Quand tu as un père qui s’est levé avant toi, il y a des mecs qui pensent que tout va leur réussir sans travailler et c’est ce que je pensais quand j’avais 18 ou 19 ans. J’ai passé trois fois mon bac et puis je l’ai raté parce que j’étais nul en français, alors que j’étais très fort en maths. Je pense que c’est mieux d’être fort en maths qu’en français, sauf pour vous les journalistes. Mais moi comme je ne suis pas journaliste, il n’y a pas de problèmes. Et pendant ce temps, comme j’étais un « mauvais élève », mon père me faisait ramasser les poubelles pour les vacances. Et ma foi, ça m’a bien servi. Ça m’a permis de connaître tous les hommes. De savoir ce que ça faisait le matin de se lever de bonne heure, le soir de prendre sa douche. Parce qu’à l’époque on ne faisait pas les 35 heures, ce n’était pas de la rigolade. Et puis, c’est bien d’avoir la connaissance de l’être humain.

Et vos fils ?

Ils l’ont fait, ça. Maintenant ils ont quarante ans et ils sont plutôt costume cravate - encore que, ils mettent plus de cravate maintenant... Mais ils l’ont fait, sauf qu’eux ils sont bacheliers !

Quel genre de patron êtes-vous ? Pétardier et direct comme devant les caméras ?

Ah oui oui, moi, quand quelque chose ne va pas, je le dis tout de suite. Dans la vie si tu n’es pas naturel ça passe difficilement et puis on le voit, y’a des mecs à la télé on dirait des manches à balais… Tu es comme tu es, et puis ça passe ou ça passe pas, ce n’est pas pour ça qu’il faut en faire toute une montagne.

Quelles qualités du patron sont utiles dans le sport et le football, où la gestion des egos peut poser problème ?

Il faut toujours dire ce qu’on pense, être humain, être simple. Ce n’est pas parce que vous êtes quelqu’un que vous devez rouler en Maserati, en Aston Martin ou en Mercedes et tout. On est français, on roule avec une C6 et tout va bien. Voilà, il faut être simple et à partir de là on peut se permettre de dire ce qu’on veut. J’aime montrer l’exemple. Je n’ai pas à rougir, des conneries j’en ai fait comme tout le monde, mais le tout c’est de le reconnaître.

Quels conseils vous donneriez aux entrepreneurs ?

Qu’ils fassent plombier ou menuisier, ça encore il y a de l’avenir ! Parce que monter sa propre boîte c’est dur et je les plains. Faut être courageux. Moi je vois quelques jeunes qui se lancent, je les encourage moi-même, je les fais travailler, mais c’est dur.

Quelles sont, selon vous, les plus grandes qualités d’un patron ?

Déjà de vraiment connaître le métier. Et de ne pas acheter tout et n’importe quoi. Mais surtout d’avoir les yeux bien ouverts du matin jusqu’au soir.

On entend beaucoup parler de vous pour votre franc-parler. Les médias ne vous trouvent parfois pas assez politiquement correct, comment cela se manifeste-il dans les affaires ? Diriez-vous que c’est un inconvénient ?

Le prix du macho (décerné par l’association Les Chiennes de Garde en 2010 ndlr), il n’y en a pas un qui aime plus les femmes que moi, arrêtons un peu ! N’importe quoi, c’est comme quand on me dit que je n’aime pas les homos et que je suis homophobe alors que pas du tout. Et tout ça parce qu’un jour j’ai traité Pedretti (joueur de foot qui jouait pour l’équipe d’Auxerre à l’époque ndlr) de tapette. Ca a fait un bogue de je ne sais pas quoi, ça fait peur.

Je n’ai jamais vu que c’était un handicap dans les affaires. On ne me le dit pas et je ne le ressens pas. Après, maintenant si quelqu’un n’est pas content, je m’en vais et puis voilà. Moi tout va bien vous savez. Quand vous êtes ce que vous êtes et que vous restez ce que vous êtes, il n’y a aucun problème.

Rêvez-vous de politique ?

Ça ne m’a jamais intéressé. J’étais très ami avec Georges Frêche à Montpellier, qui est quelqu’un qui a fait de Montpellier une des plus belles villes de France. C’est vrai que je connaissais toute sa passion, tout ce qu’il avait entrepris et qu’il voulait toujours entreprendre, même s’il ne restait pas grand-chose à faire, mais ça ne me dit rien. Non non, je préfère me consacrer à mes affaires. Rester sur des projets pour mon entreprise.

La Rédaction