Méga projets de transports : un risque croissant pour la compétitivité européenne



Mardi 20 Janvier 2026


Retards à répétition, surcoûts massifs et incertitude chronique. Les méga projets de transports européens ne sont plus seulement un enjeu politique, mais un facteur de risque économique direct pour les entreprises, les investisseurs et les chaînes logistiques du continent.



Transports européens : des retards qui pèsent sur la performance économique

Les méga projets de transports ont été conçus comme des accélérateurs de croissance. En reliant les grands bassins industriels, en fluidifiant les échanges et en réduisant les coûts logistiques, ils devaient renforcer l’attractivité du marché européen. Or, la réalité observée en 2026 est à l’opposé de cette promesse. Selon la Cour des comptes européenne, les grands projets audités accusent un retard moyen de 17 ans, bouleversant leur rentabilité économique initiale.

Le tunnel ferroviaire Lyon-Turin illustre ce décalage. Pensé pour transférer massivement le fret routier vers le rail, il reste inachevé alors que les flux de marchandises continuent de transiter par des axes saturés. Pour les industriels et les logisticiens, cette absence d’alternative performante se traduit par des coûts de transport plus élevés, une dépendance accrue au routier et une moindre prévisibilité des délais.

Même constat pour le Canal Seine-Nord Europe, censé offrir un corridor fluvial compétitif entre le bassin parisien et les ports du nord de l’Europe. Avec un retard estimé à 22 ans, ce projet prive durablement les entreprises d’un mode de transport à faible coût et à faible empreinte carbone, alors même que la pression réglementaire sur les émissions s’intensifie.

Méga projets de transports : surcoûts, incertitude et décisions d’investissement différées

Les retards des méga projets de transports entraînent mécaniquement une dérive des coûts. Plus de 15 milliards d’euros de financements européens ont déjà été engagés, sans retour économique immédiat. Chaque année supplémentaire de chantier expose les projets à l’inflation, à la renégociation des contrats et à l’évolution des normes techniques, ce qui dégrade leur rendement financier actualisé.

Le tunnel de base du Brenner, axe clé du fret nord-sud, concentre ainsi des investissements étalés sur plusieurs décennies. Tant que l’infrastructure n’est pas pleinement opérationnelle, les bénéfices attendus en matière de productivité logistique restent théoriques. Cette situation complique les arbitrages des entreprises industrielles, qui hésitent à adapter leurs chaînes d’approvisionnement en l’absence de visibilité sur les délais réels.

La liaison fixe du Fehmarn Belt, entre le Danemark et l’Allemagne, met en lumière un autre risque business : l’asymétrie des calendriers nationaux. Les retards d’un seul pays suffisent à neutraliser les gains économiques pour l’ensemble de la chaîne. À l’échelle européenne, cette incertitude chronique fragilise la crédibilité des grands investissements d’infrastructures et alimente une prudence croissante des acteurs privés face aux projets de long terme.

Adélaïde Motte