Milei, la tronçonneuse qui fascine les marchés



Jeudi 19 Mars 2026


Un économiste devenu président, une thérapie de choc et un nouveau logiciel idéologique. Avec "La Révolution Milei", Michael Miguères décrypte un phénomène politique et économique qui dépasse largement l’Argentine et interroge déjà l’Europe.



Un laboratoire argentin sous haute tension

Vox europa, 2024, cc 4.0

L’Argentine n’est pas seulement le décor du livre, elle en est le point de départ analytique. L’ouvrage rappelle la trajectoire spectaculaire d’un pays passé du rang de puissance économique mondiale à celui d’économie chronique en crise. Longtemps porté par un modèle libéral ouvert, le pays a basculé à partir du XXe siècle dans une logique d’intervention étatique croissante, marquée par le péronisme, la planification et la dépense publique.

Les conséquences sont documentées de manière précise. Inflation structurelle, dette insoutenable, cycles de faillite et perte de confiance des citoyens composent un tableau économique dégradé. En 2023, l’inflation atteint 211 %, tandis que la pauvreté touche une part massive de la population.

C’est dans ce contexte de déclassement et de défiance généralisée que surgit Javier Milei. Son ascension fulgurante, sans appareil politique traditionnel, illustre un rejet profond des élites et des solutions économiques classiques. Le livre insiste sur ce point central : le mileisme est d’abord une réponse à l’échec perçu des modèles dominants, notamment keynésiens et sociaux-démocrates.


Le mileisme, une doctrine de rupture assumée

L’un des apports majeurs du livre est de montrer que le phénomène Milei ne se résume pas à une posture antisystème. Il repose sur une architecture intellectuelle solide, largement inspirée de l’école autrichienne d’économie.

Miguères met en lumière les influences de Ludwig von Mises, Friedrich Hayek ou Murray Rothbard, qui structurent une vision radicale du marché et de l’État. Au cœur de cette doctrine, une idée simple mais tranchante : seule l’économie de marché permet une coordination efficace des actions humaines, tandis que l’intervention publique crée des distorsions et mène à l’inefficacité.

Le mileisme se distingue ainsi des approches libérales traditionnelles par son refus du compromis. Il ne s’agit plus de réformer l’État, mais de le réduire drastiquement. Cette logique se traduit concrètement par une politique de dérégulation massive, de réduction des dépenses publiques et de recentrage sur les fonctions essentielles.

Le livre souligne également une dimension essentielle souvent sous-estimée : la bataille culturelle. Milei ne mène pas seulement une réforme économique, il cherche à renverser un cadre idéologique dominant, en opposant entrepreneurs et “caste politique”, et en valorisant la responsabilité individuelle face à l’assistanat.


Une onde de choc mondiale et un miroir pour la France

Au-delà du cas argentin, La Révolution Milei pose une question plus large : assistons-nous à l’émergence d’un nouveau paradigme économique global.

L’auteur insiste sur le contexte international marqué par l’épuisement des modèles traditionnels. Endettement public massif, ralentissement de la croissance et perte de repères idéologiques caractérisent les économies occidentales.

Dans ce cadre, l’expérience argentine apparaît comme un laboratoire observé de près par de nombreux décideurs. Le livre avance que le mileisme pourrait devenir une alternative crédible aux politiques interventionnistes, notamment en Europe.

La France est explicitement mentionnée comme un terrain d’application potentiel. Avec un niveau élevé de dépenses publiques et une efficacité contestée de l’action publique, elle présente selon l’auteur des caractéristiques comparables à l’Argentine d’avant Milei.

L’ouvrage invite ainsi à dépasser les caricatures médiatiques pour analyser un phénomène plus profond. Derrière le style provocateur du président argentin se dessine une tentative de refondation économique et politique, dont les effets pourraient durablement influencer les débats européens.


La Rédaction