Nestlé contesté par Bonneval : quand la définition du « naturel » devient un enjeu business



Mardi 10 Février 2026


L’offensive juridique de Bonneval contre Nestlé dépasse un simple différend réglementaire. Elle met en lumière un risque stratégique pour le marché de l’eau embouteillée : la remise en cause de la valeur économique attachée à la mention « eau minérale naturelle », pilier du positionnement premium du secteur.



Nestlé sous pression réglementaire : un risque de requalification du modèle

La procédure engagée par Bonneval ne cible ni la sécurité sanitaire ni la conformité immédiate des produits de Nestlé. Elle vise le cadre d’autorisation accordé par l’État, qui permet au groupe de continuer à exploiter plusieurs marques majeures sous l’appellation « eau minérale naturelle » malgré le recours à des procédés techniques de microfiltration. Pour Bonneval, cette validation administrative affaiblit la frontière réglementaire qui fonde la différenciation du marché.

Sur le plan économique, l’enjeu est considérable. La mention « eau minérale naturelle » constitue un levier de prix et de volume. Elle justifie une prime tarifaire durable et soutient des positions dominantes dans les linéaires. Si cette définition devait être juridiquement fragilisée, le risque serait double pour Nestlé : d’une part une incertitude sur ses autorisations d’exploitation, d’autre part une érosion de la valeur immatérielle associée à ses marques historiques.

Bonneval face à Nestlé : une stratégie concurrentielle assumée

Pour Bonneval Emergence, l’attaque est cohérente avec son positionnement. Le minéralier savoyard revendique une lecture stricte de la réglementation, fondée sur l’absence de traitements susceptibles de modifier l’eau à la source. En contestant les arrêtés préfectoraux, Bonneval cherche à défendre un standard élevé qui, s’il était confirmé par le juge, redessinerait les règles de concurrence au bénéfice des acteurs les plus vertueux sur le plan réglementaire.

Cette stratégie s’inscrit dans un contexte plus large de tensions sectorielles. Bonneval mène parallèlement une action distincte pour concurrence déloyale, assortie d’une demande financière de grande ampleur. Même si les deux procédures sont juridiquement séparées, leur articulation est claire : remettre en cause la légitimité économique d’un leader en attaquant le socle réglementaire de son modèle. Pour le marché, l’enjeu dépasse le duel entre industriels : il concerne la capacité de l’État à maintenir une définition stable du « naturel », condition indispensable à la prévisibilité des investissements et à la crédibilité de la filière.

Adélaïde Motte
Dans cet article : consommation ménages nestlé