Saisonniers : les entreprises face à un risque pour l’été 2026



Lundi 30 Mars 2026


À l’approche de la saison estivale 2026, les entreprises font face à des tensions persistantes sur le recrutement de saisonniers. Entre pénurie de candidats, contraintes administratives et incertitudes économiques, ces difficultés pourraient peser directement sur leur capacité opérationnelle.



Recrutement de saisonniers : des besoins élevés mais partiellement couverts

À quelques semaines des pics d’activité estivaux, les entreprises des secteurs les plus dépendants des saisonniers — tourisme, agriculture, commerce ou logistique — anticipent une saison sous tension. Selon une enquête menée par Staff & Go auprès de 3 075 entreprises, les difficultés de recrutement s’installent durablement et pourraient affecter l’organisation et la performance des structures concernées.

Les besoins restent importants. Dans cinq secteurs clés, près de 467 600 recrutements saisonniers sont attendus, selon les données de France Travail relayées par Staff & Go le 30 mars 2026. L’hébergement-restauration concentre à lui seul environ 190 300 postes, suivi par l’agriculture avec 171 700 recrutements potentiels.

Toutefois, ces volumes ne sont pas entièrement couverts. Près de 47 % des entreprises n’ont pas réussi à pourvoir la totalité de leurs besoins pour la saison estivale, selon la même étude. Si 53 % déclarent avoir recruté l’ensemble des profils recherchés, une part significative des employeurs reste confrontée à des postes vacants.

Cette situation reflète un marché du travail déséquilibré. Les besoins sont diffus, souvent limités à quelques postes — 41 % des entreprises recherchent moins de dix saisonniers — mais généralisés sur l’ensemble du territoire et des secteurs.

Un recrutement saisonnier marqué par une tension structurelle

La perception d’un durcissement du marché se confirme. Près de 49 % des entreprises estiment qu’il est plus difficile de recruter des saisonniers qu’au cours des années précédentes, selon Staff & Go. Cette tension s’inscrit dans un contexte plus large. En effet, 56 % des entreprises considèrent que le contexte politico-économique complique davantage leurs recrutements. Inflation, incertitudes économiques et évolution des attentes des candidats contribuent à réduire le vivier disponible.

Dans ce cadre, les entreprises privilégient des stratégies de recrutement sécurisées. La réembauche d’anciens saisonniers reste le principal levier (49 %), devant les candidatures spontanées (42 %) et le bouche-à-oreille local (38 %). Cette dépendance à des réseaux de proximité traduit une difficulté à élargir les sources de recrutement.
 

Des contraintes administratives qui pèsent sur les processus RH

Au-delà de la recherche de candidats, les entreprises doivent gérer une complexité administrative importante. Selon l’enquête, 67 % des recruteurs consacrent plus de 30 minutes à chaque embauche. Dans les cas de recrutements massifs, cette charge devient significative. « À lui seul, le recrutement de 100 saisonniers peut représenter 125 heures d’administratif, soit plus de 3 semaines de travail à temps plein consacrées à des tâches non productives », indique Julie Ferras, gestionnaire RH chez Intersport.

Les risques d’erreur sont également identifiés comme un point de vigilance. La rédaction et l’envoi des contrats représentent la principale source de difficulté pour 27 % des entreprises, suivis des formalités préalables à l’embauche (22 %). Ces contraintes sont d’autant plus marquées que 54 % des entreprises déclarent gérer ces tâches de manière manuelle.
 

Des risques opérationnels pour la saison estivale

Ces difficultés de recrutement ne sont pas sans conséquences. Elles peuvent affecter directement la capacité des entreprises à absorber les pics d’activité estivaux. Dans certains secteurs, les saisonniers représentent une part significative des effectifs, pouvant atteindre jusqu’à 80 % des recrutements sur certaines périodes, selon le témoignage de Julie Ferras (Staff & Go, 30 mars 2026).

Le risque principal réside dans une sous-capacité opérationnelle. Des postes non pourvus peuvent entraîner une dégradation de la qualité de service, des tensions sur les équipes permanentes et, à terme, une perte de chiffre d’affaires.

Par ailleurs, les contraintes organisationnelles limitent les solutions alternatives. Le recours aux mineurs, souvent évoqué, reste difficile à mobiliser : 43 % des entreprises citent les contraintes légales et administratives comme principal frein, 38 % l’incompatibilité des missions et 35 % des horaires inadaptés. En outre, les entreprises doivent anticiper leurs besoins sans garantie de pouvoir recruter les profils nécessaires, ce qui renforce les risques liés à la planification de la saison.

François Lapierre