TotalEnergies face aux accusations de « profiteur de guerre » : Patrick Pouyanné monte au créneau



Jeudi 28 Mai 2026


TotalEnergies se trouve au cœur d'une polémique après ses bénéfices records de 4,96 milliards d'euros au premier trimestre. Patrick Pouyanné dénonce un débat politique « outrancier » et défend les efforts de son groupe pour maintenir l'approvisionnement français.



​TotalEnergies riposte aux attaques politiques sur ses bénéfices records

Dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui bouleversent les marchés énergétiques mondiaux, TotalEnergies se trouve au cœur d'une polémique sur ses résultats financiers exceptionnels. Le groupe pétrogazier français, dirigé par Patrick Pouyanné, affiche des bénéfices qui attisent les critiques de la classe politique, particulièrement à gauche de l'échiquier.

La controverse a pris une dimension nouvelle avec les déclarations du PDG accordées au Figaro, où il dénonce un débat « parfois exacerbé et outrancier » concernant les performances de son entreprise. Cette sortie médiatique intervient à un moment stratégiquement choisi, à la veille de l'assemblée générale des actionnaires réunie vendredi dans la tour TotalEnergies à La Défense.

Des bénéfices records qui alimentent la polémique

Les chiffres ont de quoi nourrir le débat : au premier trimestre 2026, TotalEnergies a enregistré un bénéfice net de 4,96 milliards d'euros, soit une progression spectaculaire de 51 % par rapport à la même période de l'année précédente. Cette performance s'explique avant tout par la flambée des cours du pétrole et du gaz naturel, conséquence directe du conflit qui embrase le Moyen-Orient depuis trois mois et du blocage du détroit d'Ormuz, artère vitale du commerce mondial de l'énergie.

Cette conjoncture a ranimé, avec une vigueur nouvelle, le débat sur l'opportunité d'instaurer une taxation des « superprofits » des compagnies énergétiques. Marine Tondelier, chef de file des Écologistes, s'est illustrée en qualifiant Patrick Pouyanné de « profiteur de crise », réclamant même qu'on lui retire la Légion d'honneur.

Patrick Pouyanné défend la stratégie de son groupe
Face à ces assauts, le dirigeant de TotalEnergies n'a pas mâché ses mots. « Ce qui me choque le plus, et je parle au nom de nos 35 000 salariés français, c'est quand j'entends que nos bénéfices tombent du ciel, que nous n'avons rien à faire pour les encaisser », a-t-il déclaré. Cette mise au point trahit l'agacement profond d'un PDG qui perçoit dans ces attaques une méconnaissance criante des réalités industrielles.

Refusant catégoriquement d'entrer « dans le jeu des petites phrases », Patrick Pouyanné préfère mettre en avant les efforts consentis par son groupe pour maintenir l'approvisionnement énergétique du pays. Il souligne notamment que le marché mondial s'est trouvé brutalement déstabilisé, la production quotidienne de pétrole ayant chuté de 100 à 90 millions de barils — une contraction inédite qui exige des arbitrages industriels et financiers d'une rare complexité.

Le plafonnement des prix : un atout stratégique menacé

Parmi les initiatives les plus visibles du groupe figure le plafonnement des prix du carburant dans ses stations-service françaises. Présentée par Patrick Pouyanné comme une mesure unique au monde, cette politique tarifaire représente un effort financier considérable pour l'entreprise, tout en offrant un répit bienvenu aux automobilistes. Elle constitue également, dans la joute avec les pouvoirs publics, un argument de poids contre les velléités de taxation supplémentaire. Elle n'a pas manqué, en revanche, d'agacer la grande distribution : Michel-Édouard Leclerc y voit une forme de concurrence déloyale, une accusation que le PDG s'emploie à récuser.

« C'est un effort conséquent. Nous sommes le seul groupe pétrolier au monde à avoir mis en place un plafonnement et nous le faisons dans un seul pays, la France. Ce n'est pas anodin », insiste-t-il. La formule dit en creux ce que le dirigeant n'énonce pas toujours explicitement : ce geste commercial est aussi, et peut-être surtout, un gage politique.

Au-delà des joutes financières, Patrick Pouyanné s'est voulu rassurant sur la capacité de la France à maintenir son approvisionnement énergétique. « Il n'y aura pas de pénurie en France », affirme-t-il, avant d'ajouter, avec une franchise désarmante, que « la non-pénurie aura un prix ». Cette formule lapidaire résume avec acuité les contraintes auxquelles se heurte l'industrie pétrolière dans le contexte actuel.

La France devra désormais consentir à payer davantage pour sécuriser ses approvisionnements, confrontée à une concurrence accrue des pays asiatiques qui se disputent des volumes devenus rares. « Il y a un combat pour les volumes dans un marché qui ne produit plus que 90 millions de barils par jour au lieu de 100. Et cette bataille fait monter le prix, qui est celui de la sécurité d'approvisionnement », détaille le PDG, décrivant avec précision une mécanique de marché que l'agitation politique tend à occulter.


L'avenir de TotalEnergies s'inscrit ainsi dans une équation d'une rare complexité, où performance financière, responsabilité sociale et impératifs géopolitiques s'entremêlent inextricablement. Les prochains mois seront révélateurs de la capacité du groupe à naviguer entre les opportunités qu'offre un marché sous tension et les pressions politiques d'une société en quête de justice fiscale, dans un paysage énergétique mondial profondément reconfiguré.TotalEnergies riposte aux attaques politiques sur ses bénéfices records

Adélaïde Motte
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