Venezuela : Trump ouvre le jeu pétrolier à la Chine, un pari économique à haut risque



Lundi 2 Février 2026


En se disant favorable aux investissements pétroliers chinois au Venezuela, Donald Trump redistribue les cartes économiques autour d’un pays clé, fragilisé mais riche en ressources. Derrière cette ouverture se joue une bataille de valeur, de contrôle et d’influence entre États-Unis, Chine et acteurs locaux.



Une industrie stratégique en quête de capitaux

Le Venezuela dispose d’un atout unique : environ 303 milliards de barils de réserves prouvées, soit les plus importantes au monde. Pourtant, cette richesse reste largement sous-exploitée. Début 2026, la production pétrolière plafonne autour de 880 000 barils par jour, un niveau historiquement bas, conséquence directe de plusieurs années de sous-investissement, de sanctions et de dégradation des infrastructures.

Dans ces conditions, la relance du secteur nécessite des volumes massifs de capitaux, des technologies adaptées et une capacité à remettre rapidement en service des installations vieillissantes. Or, l’État vénézuélien ne dispose plus des moyens financiers suffisants pour porter seul cet effort. L’ouverture aux investisseurs étrangers apparaît donc moins comme un choix idéologique que comme une contrainte économique.

Avant la rupture politique récente, la Chine occupait déjà une place centrale dans l’économie pétrolière vénézuélienne. Pékin figurait parmi les principaux acheteurs de brut et avait structuré une relation financière reposant sur des prêts remboursés en pétrole. Cette présence explique pourquoi la Chine reste l’un des rares acteurs capables d’intervenir rapidement, malgré un environnement politique et juridique instable.

Etats-Unis et Chine : un partage de valeur sous supervision américaine

Les déclarations de Donald Trump traduisent une inflexion pragmatique. En acceptant les investissements chinois, Washington reconnaît que la remise en route du secteur pétrolier vénézuélien passe par des capitaux extérieurs. Mais cette ouverture est strictement encadrée. Le président américain a indiqué que les États-Unis entendaient capter une partie des bénéfices générés, affirmant que Washington était désormais « aux commandes » du pays.

Autrement dit, la Chine est invitée à participer à la création de valeur, mais dans un cadre défini par les États-Unis. Pour Washington, l’objectif est double. D’une part, relancer une production pétrolière susceptible de stabiliser les marchés et d’alimenter certaines chaînes de raffinage. D’autre part, reprendre la main sur un pays longtemps perçu comme un terrain d’influence concurrente en Amérique latine.

Pour Pékin, l’équation est plus délicate. Investir permettrait de sécuriser des approvisionnements et de préserver des intérêts historiques. En revanche, accepter un cadre dominé par les États-Unis limite la marge de manœuvre stratégique et financière. La Chine doit donc arbitrer entre rendement économique et acceptation d’un rapport de force défavorable.

Pour le Venezuela, enfin, ce schéma pose une question centrale : celle du contrôle de la valeur créée. Si l’afflux de capitaux étrangers peut relancer l’activité et générer des recettes à court terme, le partage des bénéfices avec des puissances extérieures réduit la capacité du pays à capter pleinement la rente pétrolière. Le pétrole, moteur potentiel de redressement, devient ainsi aussi un révélateur de dépendance économique.

Adélaïde Motte
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