Carnets du Business


           
Olivier Meier
Olivier Meier est Professeur des Universités, directeur de recherche au Lipha Paris Est et visiting... En savoir plus sur cet auteur

Compétences interculturelles et apprentissage




Lundi 22 Février 2016


L’internationalisation des entreprises, les interactions entre le local et le global, les politiques de mobilité et d’échanges à l’international (mondialisation de l'économie, fusions et acquisitions transnationales, partenariats et contrats internationaux...) conduisent à mettre en relation des cultures et identités multiples. Mais le simple regroupement de personnes originaires de cultures différentes ne suffit pas à créer des apprentissages interculturels, qui bien souvent passent par des phases ethnocentriques (dénégation-défense-minimisation).



Illustration : Ingimage
Illustration : Ingimage
Pour qu’il y ait apprentissage, il faut qu’il y ait transformation (1). Cette transformation se produit généralement, lorsque surgissent des difficultés, des processus de différenciation, des conflits qui ne peuvent être surmontés qu'ensemble. Elle implique des communications et relations interculturelles fortes qui vont progressivement faire émerger des phénomènes d'acculturation, donnant lieu à des changements dans les modèles culturels originaux (acceptation-adaptation-intégration) (2).

L’apprentissage interculturel est par conséquent un processus déstructuré, lent et difficile, qui doit déboucher sur la construction et le développement d’une compétence interculturelle qui va bien au-delà des compétences sociales et relationnelles classiques. La compétence interculturelle se définit comme la capacité d’un individu à savoir analyser et comprendre les situations de contacts entre personnes ou groupes de cultures différentes, tant sur le plan émotionnel (empathie, ouverture, tolérance), cognitif (évaluation contextuelle, analyse critique, compréhension) que comportemental (attitudes, communication, modalités d’actions), et à les gérer et valoriser dans le sens des objectifs de son organisation.

Parmi les aptitudes essentielles au développement d’une compétence interculturelle, on peut relever en particulier :
  • La capacité d’ouverture : apprendre à voir, à décrypter et à décoder le monde dans lequel nous vivons dans toutes ses dimensions : historique, politique, économique, socioculturel, religieux…
  • Le sens de l’expérimentation : apprendre à se méfier de son cadre d’analyse initial, pour expérimenter de nouvelles façons de penser et de se comporter, sans pour autant se renier. La connaissance de soi et de ses propres conditionnements culturels fait partie du processus. Elle doit permettre d’aller vers l’autre sans renoncer à sa propre identité ;
  • Le sens du dialogue productif et constructif : apprendre à aller au-delà des apparences pour découvrir et prendre conscience des croyances et systèmes de valeurs de l’individu et de ses modes de fonctionnements (rapport à l’autorité, relation au temps et à l’espace, relation à l’autre);
  • La capacité à proposer de nouvelles représentations : apprendre à traiter et gérer la complexité, en proposant des approches et comportements nouveaux capables de créer de la proximité entre des personnes a priori différentes;
  • Le sens de la coopération : apprendre à intégrer l’Autre dans ses réflexions, raisonnements et modalités d’actions, en considérant son interlocuteur comme un partenaire doté de compétences complémentaires et utiles.

Les compétences interculturelles peuvent ainsi être regroupées comme un ensemble de connaissances sur la culture de l’Autre, une aptitude à la compréhension, la capacité à interagir, en faisant preuve d’adaptation et d’engagement. Lorsqu’on évoque le développement de compétences interculturelles, il ne s’agit donc pas de l’acquisition de techniques et de connaissances théoriques (modélisation) ou procédurales (procédés, protocoles). Il s'agit plutôt d’un « savoir-être », d’une compétence fondée sur des expériences vécues et analysées dans des contextes interculturels riches (savoir faire empirique, expérientiel ou sociétal).

Un apprentissage interculturel réussi passe par conséquent par la remise en cause permanente des préjugés et jugements de valeurs, de ce que nous considérons comme admis. Il conduit à s’ouvrir vers ce qui dérange, perturbe, gêne parfois, à accepter ce qui nous est inconnu et incompris. Il vise à faire prendre conscience à l’individu de la complexité des relations humaines (ethnorelativisme), en le rendant responsable et acteur d’un monde désormais multiculturel qui exige une meilleure compréhension des cultures, une capacité de communication renforcée, une plus grande flexibilité et un engagement à s’inscrire durablement dans des interactions sociales multiples.

Notes

(1) Meier O., Management interculturel : stratégie, organisation, performance, Editions Dunod, 6ème éd., 2016.
(2) Bennett J.M, « towards ethnorelativism » in Education for the intercultural experience, Paige R. Michael (ed.), Intercultural Press, 1993.






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