Carnets du Business


           
Olivier Meier
Olivier Meier est Professeur des Universités, directeur de recherche au Lipha Paris Est et visiting... En savoir plus sur cet auteur

Corporate gouvernance et stewardship theory




Jeudi 9 Mars 2017


L’approche stewardship theory apporte un éclairage nouveau et différencié sur les travaux consacrés à la gouvernance des entreprises, en donnant une lecture différente des rapports humains et sociaux au sein des organisations.



Selon l’approche stewardship theory, plutôt que de recourir à une vision disciplinaire dans les relations entre individus, il peut parfois être préférable d’adopter une attitude « altruiste » vis-à-vis des autres acteurs de l’organisation, afin de résoudre les conflits existants dans l’entreprise. En effet, ce courant met en lumière le concept d'altruisme, que l’on peut définir comme une fonction d'utilité qui relie le bien-être d'un individu à celui des autres. L’approche «stewardship theory» entend ainsi montrer que dans des circonstances spécifiques, l'altruisme peut également être un moyen de réduire les coûts d'agence (contrôle, surveillance, coordination...).

Selon la stewardship theory, l’objectif  du management ne consiste pas à réaliser un profit ou à renforcer la réputation de tels ou tels acteurs économiques. Ce courant vise avant tout à  créer des richesses, en les partageant de façon équilibrée, autour d'un bien collectif. Selon cette perspective, une approche intégrative et collaborative est donc préférable à une stratégie de domination fondée sur le contrôle de l'autre partie.

Cette théorie renvoie donc à la façon  de concevoir et de créer de la valeur. Alors que la théorie de l’agence voit avant tout l’individu comme un agent calculateur qui cherche en toutes circonstances à « maximiser » la satisfaction de ses intérêts (ou à promouvoir ses préférences au détriment des autres), l’approche «stewardship theory» prône au contraire le pluralisme et oriente l’action en faveur d’autrui.

Il s'agit par conséquent de divergences de vues sur la façon de se représenter le monde et sur sa relation à l'autre. En effet, la théorie de l’agence privilégie une conception économique et financière autour de deux idées fortes:  l'individu est égoïste et opportuniste, ce qui nécessite la mise en place de systèmes de contrôle et de surveillance. A l'inverse, l’approche «stewardship theory» va davantage insister sur la psychologie des acteurs, en misant sur la responsabilité, le sens du devoir  et la coopération (relations de confiance).  Cette vision ne doit pas être nécessairement associée à une forme de naïveté  (angélisme) mais plutôt à une éthique de l'intérêt commun comme préalable à l'instauration de relations constructives et ayant valeur de sens.  Ce n’est donc pas un hasard si cette théorie apparaît dans bien des cas, s’appliquer au modèle de la société familiale (business family), où le sens du devoir et des responsabilités sont souvent motivés par des déterminants non économiques (facteurs historiques, culturels, affectifs, relationnels…). Il en est de même lorsqu’on s’intéresse aux sociétés innovantes (start-up companies) ou à des mouvements d'indépendants, où le projet entrepreneurial prime parfois sur des considérations purement économiques ou financières, en mettant en avant les motivations personnelles du dirigeant et certains enjeux sociaux et sociétaux (vocation, mission, préoccupation sociétale).

En conclusion, le courant stewardship theory apporte un éclairage nouveau dans la façon d'aborder et de gérer les relations dans les organisations. Cette théorie permet notamment d’enrichir la façon d’appréhender les modes de gouvernance dans les entreprises, en abordant différemment le rapport aux risques et en mettant en exergue d’autres enjeux et objectifs dans les rapports entre individus, qui vont souvent bien au-delà des simples considérations économiques. Plus précisément, cette vision de l'organisation suppose que les intérêts du Principal (celui qui décide et délègue) et de l'Agent (celui qui exécute) soient compatibles, réduisant ainsi les problèmes d'agence,  dans la mesure où l'agent va agir dans le sens du principal (interdépendance stratégique). La gouvernance devient dès lors un jeu coopératif, où l'affrontement cède la place à l'alignement des préférences et aux  logiques d'intérêts réciproques. Il semble dans ce domaine que le contexte initial et les dynamiques durant le processus soient déterminants dans ce type de configuration.

Bibliographie

Donaldson, L., & Davis, J. H. (1991). Stewardship theory or agency theory: CEO governance and shareholder returns. Australian Journal of Management, 16(1), 49-64.

Eddleston, K. A., Chrisman, J. J., Steier, L. P., & Chua, J. H. (2010). Governance and trust in family firms: An introduction. Entrepreneurship Theory and Practice, 34(6), 1043-1056.

Fry, L. W., Vitucci, S., & Cedillo, M. (2005). Spiritual leadership and army transformation:Theory, measurement, and establishing a baseline. The Leadership Quarterly, 16(5), 835- 862.






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