Carnets du Business


           

Qu’est-ce que le background check ?




Vendredi 25 Mars 2016


Vérifications, coups de fil, consultation de la page Facebook… Du cadre supérieur au jeune diplômé, nous nous sommes tous un jour demandé jusqu’où vont les recherches qu’effectuent les entreprises sur nous. Loin des histoires de piratage que l’on raconte aux jeunes diplômés pour les effrayer, le Background check, ou vérification de CV, est une activité à part entière, strictement réglementée qui tend à s’externaliser et se démocratiser en France. L’institut Florian Mantione a publié en 2013 une étude fournissant des chiffres révélateurs sur ce secteur. Alors quels sont les contrôles que peut effectuer un employeur, et quels sont leurs limites ?




Dans un monde de plus en plus digitalisé, où règne la loi du Big Data, le volume d’informations disponible et leur accessibilité connaissent en effet une croissance exponentielle. Parmi ce flot de données, certains repères restent cependant immuables. C’est le cas du CV dans le monde du recrutement. Que ce soit pour un premier emploi ou un poste de manager Senior, le CV est un outil central pour tous les candidats ou recruteurs. Il permet, de manière rapide et synthétique, de présenter ses compétences et son parcours. En France, la confiance en cet outil est une caractéristique principale du secteur des ressources humaines. Mais que se passe-t-il si ce sésame de l’emploi devait comporter des erreurs, voire des informations mensongères ? Les mauvaises surprises issues d’un excès de confiance en la véracité des informations inscrites sur un CV peuvent coûter très cher à un employeur.

Vérifier : le devoir de l’employeur 

Si la vérification de CV, et plus largement la vérification des informations fournies par un candidat, est peu développée en France, elle relève pourtant de la responsabilité de l’employeur. En effet, tel que le définit la loi du 31 décembre 1992, l’employeur est considéré comme ayant le droit et le devoir de vérifier les informations présentes sur les CV avant toute embauche [1]. Or, malgré une recrudescence des informations erronées ou mensongères dans les CV, plus de 70% des chefs d’entreprises français déclarent ne pas faire de contrôle [2]. En ne contrôlant pas les CV ces employeurs s’exposent pourtant  au risque d’une embauche ratée, lorsque l’employé n’a finalement pas les compétences requises pour assurer son poste par exemple. Le coût moyen de ce type d’erreur est estimé à un an de salaire pour l’entreprise. A cela s’ajoute des recours très limités pour l’employeur après embauche : la jurisprudence indique que le fait de mentir sur un diplôme n’est pas toujours  une raison suffisante pour justifier un licenciement [3], laissant ainsi les employeurs dans l’obligation de conserver l’employé fraudeur, voire, parfois, de le dédommager financièrement. Autant dire que l’expression « il vaut mieux prévenir que guérir » prend ici tout son sens, sachant que les menteurs ne sont pas forcément l’exception. Qu’il s’agisse de légers arrondis pour que le CV corresponde mieux à une offre d’emploi, ou littéralement l’inscription d’un faux diplôme, l’étude de l’institut Florian Mantione indique que trois CV sur quatre sont trompeurs [4] : 75% des CV comportent au moins une erreur (une date, un diplôme ou même une adresse, sont indiqués de manière inexacte, volontairement ou non).

Quand le mensonge devient une norme 

Sur un marché du travail toujours plus exigeant, où les employeurs sont à la recherche de l’employé parfait, et face à des pressions économiques toujours plus accentuées, la vie d’un demandeur d’emploi peut sembler difficile. Il devient alors de plus en plus commun que les candidats utilisent tous les moyens nécessaires pour passer la phase cruciale du tri des CV, afin d’obtenir un entretien. Cette situation s’est tellement généralisée qu’elle en deviendrait presque la norme. En effet le géant mondial du Background check, Hire Right, indique que dans 34 % des cas [5], les candidats mentiraient volontairement sur leurs diplômes et leurs expériences professionnelles. L’état d’esprit des candidats fraudeurs étant parfaitement illustré par cette remarque relevé par l’étude de Florian Mantione : « Ils le font tous, alors pourquoi pas moi ? Il ne s’agit pas de tricher, mais d’enjoliver ». Cette banalisation du mensonge dans le CV tend à décrédibiliser un outil essentiel dans le processus de recrutement des entreprises. Il apparaît donc comme nécessaire de développer des moyens de confirmer ou infirmer les informations présentes sur les CV. Pourtant très utilisée, voire obligatoire, dans le monde anglo-saxon, la vérification de CV reste malgré tout un outil encore peu connu par les entreprises françaises.

Qu’est-ce que le Background check ?

Le Background check, ou « vérification de CV », est une activité qui consiste à collecter et authentifier des informations, que ce soit dans le cadre d’une démarche de recrutement ou toutes autres relations professionnelles. En ce qui concerne le recrutement, le Background check a pour principal objectif de confirmer les informations transmises par les candidats aux entreprises. En s’appuyant sur une méthode de confrontation systématique de l’information et de sa source, le vérificateur cherche à authentifier les informations fournies par le candidat, ou celle qu’il a lui-même collecter dans le cas où des informations soit manquantes.

L’une des caractéristiques principales de cette activité est son caractère entièrement légal, notamment du fait qu’elle ne s’intéresse qu’à des informations publiques. Pas question ici de jouer aux espions ou d’aller pirater un compte Facebook. En France, elle s’appuie sur une autorisation écrite du candidat [6], et est strictement encadrée dans ses modalités de collecte et de conservation des données. Suivant un principe de proportionnalité entre la recherche d’informations et la finalité de cette recherche, ici l’emploi, le Background check ne s’intéresse qu’aux données directement en lien avec l’activité professionnelle du candidat. Le vérificateur cherchera donc à vérifier l’authenticité d’un diplôme d’études supérieures ou à certifier une expérience professionnelle. Si le niveau de vérification le plus faible reste la consultation de bases de données, tel que la liste des diplômés d’une université, les vérificateurs consciencieux effectueront des recherches plus approfondies. En effet, le vérificateur partira du principe que toutes bases de données ou diplômes peut être falsifiés et ne sont donc pas fiables. Dès lors il s’évertuera à identifier la source de l’information, en contactant par exemple directement l’établissement qui a délivré le diplôme, afin d’authentifier celui-ci.

Pourquoi externaliser les vérifications ?

Si le Background check devient une activité de plus en plus essentielle au bon déroulement du recrutement, peu de dirigeants ou de responsables RH ont les ressources pour l’appliquer systématiquement. Selon l’institut Florian Mantione, le manque de temps est la première raison invoquée par les chefs d’entreprises pour passer outre cette étape. Vient ensuite la crainte d’agir dans l’illégalité, du fait d’une mauvaise connaissance des normes juridiques régulant cette activité. Enfin, la réticence des établissements de l’enseignement supérieure à délivrer des informations sur leurs élèves est également un obstacle pour les employeurs.

En raison de ces contraintes, seulement 54% des recruteurs français jugent les CV fiables [7], ce qui indique clairement la nécessité de mettre en place un système de Background check. Cette tâche est cependant chronophage et demande une bonne expérience dans le secteur de la vérification d’information. Même dans le cas d’une entreprise qui possède les moyens de mettre en place sa propre politique de vérifications, le volume de candidatures force souvent le personnel à limiter son champ de recherche à certains types de postes ou d’informations. Hire Right, indique dans son rapport de 2013 que 63% des entreprises qui effectuent un background check dans le cadre de leurs recrutement externalisent ce service [8]. Si cette externalisation du background check est si répandue, c’est par ce qu’elle permet de réduire les contraintes financières et juridiques que cette activité représente pour l’entreprise. La spécialisation des fournisseurs de Background check leurs permettant de rationaliser les coûts de leurs enquêtes tout en maximisant leur efficacité et les délais de mise en œuvre. Enfin, cette externalisation permet aussi à l’entreprise de limiter son exposition vis-à-vis de sa relation avec le candidat.
 
[1] Article L1221-6 du code du travail
[2] 7ème étude sur les CV trompeurs – Florian Mantione institut - http://www.florianmantione.com/images/presse/presse_00-00-0000-2.pdf
[4] 7ème étude sur les CV trompeurs – Florian Mantione institut - http://www.florianmantione.com/images/presse/presse_00-00-0000-2.pdf
[5] Industry Fast Facts – Hire Right-  http://www.hireright.com/resources/industry-fast-facts
[6] Article L1221-9 du code du travail
[7] 7ème étude sur les CV trompeurs – Florian Mantione institut - http://www.florianmantione.com/images/presse/presse_00-00-0000-2.pdf

Mikael El Chami





Rejoignez-nous
Twitter
Rss

Recherche









2ème édition, revue et augmentée



VA Press sur Twitter
VA Press : Management : le grand retour du réel: Les utopies sont illusoires, et les théories managériales en vogue sont utopi… https://t.co/luIf334yZ5
VA Press : OMS : "toute infection prévenue est un traitement antibiotique évité": Cette année, à l'occasion de la Semaine mond… https://t.co/eCtBr85Kt4
VA Press : Sonia Rolland va signer un documentaire sur le Rwanda: Sonia Rolland, ancienne Miss France, commence au Rwanda le t… https://t.co/ko2KTCDF89
VA Press : Automédication : sans ordonnance ne veut pas dire sans risque: Une étude du magazine 60 millions de consommateurs a… https://t.co/zVO8OTYnFl
VA Press : La ferme des 1000 vaches https://t.co/4qt6gZrlia