Entretien avec Pierre-Marie Hénin, PDG d’Euro Blue Power

« Notre actionnariat familial garantit un engagement durable dans les ENR »



Lundi 15 Juin 2015


Nouveau venu sur la scène de l’énergie hydroélectrique, Euro Blue Power a fait une entrée remarquée dans le secteur des énergies renouvelables. Adossé au groupe Pacifico, dont elle est filiale à 100 %, Euro Blue Power compte bien pérenniser cet investissement durable, à plus d’un titre, du groupe familial. Pierre-Marie Hénin, le PDG d’Euro Blue Power, détaille pour nous les ambitions de l’entreprise dans un secteur clé de la transition énergétique.




Qu’est-ce qui vous a incité, en 2015, à vous lancer dans les centrales hydroélectriques ?

La première raison est probablement que j’appartiens à une génération très consciente des enjeux de développement durable. La seconde tient à la volonté du groupe Pacifico de trouver des investissements patrimoniaux de long terme, ayant un impact positif fort sur la société dans son ensemble. Plus « saine » des trois grandes branches des énergies renouvelables, avec le solaire et l’éolien, l’hydroélectricité est une solution évidente : elle repose sur des technologies totalement matures et ne présente pas de caractère intermittent. Pour ces raisons, c’est une énergie particulièrement appréciée sur les réseaux. 

Vous intervenez dans la conception, la construction et l’exploitation de centrales « clé en main ». A quel moment le maire d’une commune décide-t-il de faire appel à vous ?

Pierre-Marie Hénin est PDG de Euro Blue Power
Dans le cas de centrales hydroélectriques en fonctionnement, un maire peut, par exemple, faire appel à nous s’il souhaite changer d’exploitant et assurer la reprise d’exploitation. Les motivations sont diverses : niveau d’exploitation insuffisant, rémunérations de la commune trop faibles… Naturellement, Euro Blue Power répond aussi, aux côtés d’autres professionnels, aux appels à projet pour de nouvelles centrales, sur les terrains communaux avec un potentiel identifié. 

Comment Euro Blue Power se positionne-t-elle, sur un marché que l’on imagine volontiers « phagocyté » par des géants mondiaux des technologies environnementales ?

En réalité, le marché dit de la « petite hydroélectricité » (projets inférieurs à 4,5 MWatt de puissance) ne comporte aucun grand acteur de l’énergie. Il est considéré comme insuffisamment rémunérateur, les coûts fixes d’études et de développement étant pratiquement similaires, indépendamment des puissances installées. Au-delà de questions d’autorisation préfectorale et de contrat d’exploitation, le plus dur reste souvent de réunir des investisseurs, pour des projets coûtant entre 1500 et 4000 euros par kWatt installé. EBP intervient sur le financement de toute cette chaîne de valeur : de la phase d’études et d’autorisation à l’exploitation de la centrale en passant par sa construction.

Quel est le taux d’équipement des collectivités aujourd’hui ? Les élus vous semblent-ils suffisamment sensibilisés à l’intérêt de l’énergie hydroélectrique ?

L’hydroélectricité est un pilier de la transition énergétique : c’est la première énergie renouvelable de France avec environ 10% du parc électrique installé. Pour autant, le taux d’équipements français est nettement insuffisant : selon le syndicat France Hydroélectricité, il resterait 2500 MWatt de potentiel à installer. Avec une puissance moyenne par centrale installée d’environ 1 MWatt (hors grands barrage), 2500 projets seraient encore possibles. Reste pour les élus à trouver comment les financer et obtenir les autorisations nécessaires. C’est précisément là qu’EBP intervient. 

Les collectivités sont soumises à une pression budgétaire forte aujourd’hui. Votre activité – et la transition énergétique d’une façon générale – ne risquent-elles pas d’être victimes des arbitrages budgétaires des collectivités en faveur d’autres priorités comme l’emploi ou l’action sociale, par exemple ?

Bien au contraire : non seulement nos centrales hydroélectriques n’utilisent pas un centime d’argent public, mais elles leur assurent une rentrée fiscale supplémentaire et régulière via la redevance. Une centrale produit en continu pendant des décennies, voire plus : les plus anciennes produisent depuis plus d’un siècle ! Une centrale hydroélectrique peut être un investissement 100% privé, produisant pour les communes des recettes fiscales constantes, sur une très longue durée.

Précisément, pouvez-vous nous expliquer quel est le modèle économique d’un tel projet pour une commune ou une autre collectivité ?

La première étape consiste toujours à « sécuriser » le foncier, généralement propriété des collectivités concernées, en obtenant la mise à disposition des terrains concernés. Nous valorisons ensuite auprès des collectivités des projets en faveur à la transition énergétique, via des centrales bien intégrées dans le paysage et sans nuisance pour l’environnement. Au-delà de l’aspect responsable et durable de tels projets, les collectivités sont sensibles aux retombées économiques issues d’une redevance indexée au chiffre d’affaires, dans le cas d’EBP. La perspective d’un tel revenu stabilisé à long terme est un choix plébiscité par les collectivités.

Vous êtes déjà présents en Italie. Comment expliquer l’engouement transalpin pour cette technologie ?

La première raison est simple : le tarif italien de rachat de l’électricité de source hydroélectrique est deux fois supérieur au tarif français. A production équivalente, le chiffre d’affaires côté italien est donc deux fois plus important. Du coup beaucoup plus de sites sont potentiellement utilisables. Les coûts d’études et de développements étant à peu près identiques dans tous les cas, la garantie de revenus plus importants permet de développer en Italie des projets qui ne seraient pas économiquement rentables en France. De plus, l’Italie partage avec la France un avantage concurrentiel exceptionnel pour l’hydroélectricité : les Alpes. 

Euro Blue Power est une filiale détenue à 100% par le groupe familial Pacifico (famille Hénin). Quel bénéfice tirez-vous d’un actionnariat familial ?

Un actionnaire unique, familial de surcroît, est déjà la garantie de process de décision bien plus simples et rapides. En termes de gouvernance, les groupes familiaux sont généralement les garants de la transmission d’une éthique : la génération actuellement « aux affaires » est redevable envers la génération précédente, tout en étant responsable devant les générations futures. Le poids de l’héritage et la responsabilité de la transmission dans les groupes familiaux imposent de développer un sens aigu des responsabilités à long terme. Avec Euro Blue Power, les investissements dans les ENR du groupe Pacifico prennent en plus une orientation « développement durable ». Euro Blue Power peut donc s’appuyer sur une vision de long terme et, me concernant, sur une grande flexibilité dans la prise de décision.

Les maires des communes avec lesquelles vous travaillez, quant à eux, sont-ils sensibles au fait d’avoir une entreprise familiale pour interlocuteur ?

Ils apprécient d’avoir une entreprise familiale et française pour interlocuteur. Nous développons des projets d’infrastructures qui demanderont des années d’amortissement, et resteront en exploitation des décennies. Nous devons personnaliser et fortifier la relation que nous allons avoir avec un maire ou un propriétaire foncier. Entreprise familiale et française, nous avons l’avantage de la proximité et de la pérennité. Ce sont des aspects fondamentaux à tous les niveaux. 

Sur son site, Euro Blue Power affirme vouloir se doter « d’un portefeuille d’actifs écoresponsables et durables ». Que peut-on en déduire quant à votre stratégie de développement ?

Notre stratégie a toujours consisté à nous développer sur un marché préexistant, avec des actifs qui ont un impact positif pour la société. Or, la petite hydroélectricité est pratiquement sans impact sur l’environnement et sur les cours d’eau : nous limitons au maximum l’impact paysager de nos projets, avec une centrale rentable et rémunératrice pour tous les intervenants, des investisseurs aux collectivités locales. Notre stratégie repose sur un triptyque « développement maîtrisé, local, et durable ». Nous développons de « bons » projets, à long terme, à taille humaine et avec les bons interlocuteurs dans toute la chaîne de valeur. 

Elisabeth Reault