Louis Bernard est le fondateur de Layer Cake, un cabinet de formation spécialisé dans les… En savoir plus sur cet auteur

Le wargaming a-t-il tout inventé ?



Mardi 19 Juin 2012


Aujourd'hui, tout le monde se rue sur la simulation et le serious game, considérés à raison comme les dernières innovations en matière de formation. Mais d'où viennent ces pédagogies ?



« Nous sommes persuadés de l’utilité de l’histoire militaire comme outil de formation pour les officiers, pour les militaires, pour les chefs...» déclare le commandant Arnaud de Peretti, fondateur du club wargame de l’Ecole de Guerre. Et de continuer : « de nombreux jeux pourraient être utilisés pour l’instruction et la formation tactique des militaires ».
 
Samedi 2 et dimanche 3 juin, à l’Ecole de Guerre de Paris, se tenait la première convention sur le wargame. Plus d’une centaine de joueurs civils ont rencontré et affronté les officiers de l’Armée de Terre. Affronter ? Oui, à coups de dés.  Au menu : plateaux de jeu, figurines, décors représentant des villes ou des paysages. Et comme traité militaire, des manuels de jeu. Bref, tous les éléments du wargame. Quid ?
 
Le wargame, ou « jeu de guerre » est aussi vieux que l’humanité, mais il a connu un véritable essor au cours du XIXe siècle en Europe. Développé par l’armée prussienne, il avait pour but de simuler à petite échelle des batailles militaires, avec leur lot de planifications, de manœuvres et d’imprévus.  Cet outil de formation, novateur dans une Prusse traditionnaliste, se heurte d’abord aux aînés hiérarchiques récalcitrants. Mais, devant son utilité démontrée, ce jeu de rôle s’impose peu à peu comme une référence dans la formation des officiers prussiens, puis de l'ensemble des armées d'Europe.  
 
Après-guerre, le wargame se démocratise et devient au cours des années soixante un loisir de masse. Son rôle de formateur militaire est abandonné et il s’ouvre à de nouveaux univers : heroic-fantasy, histoire, science-fiction. Ce triptyque représente l’essentiel de la production de jeu de guerre à usage récréatif. Il s’est peu à peu décliné sur une multitude de supports : jeux de table, livres, jeux vidéo…  
 
Bref, aujourd’hui, tout jeu de rôle, toute simulation, tout serious game est issu de la longue histoire du wargame. De plus en plus d’entreprises, d’universités et d’administrations ont recours au jeu de rôle dans la formation de leurs cadres ou de leurs élèves. Celui-ci permet une expérience cognitive enrichissante, car on retient bien plus ce que l’on fait que ce que l’on lit ou écoute. Le wargaming n’est pas mort, au contraire. Il reste la base de tout enseignement participatif. 

Louis Bernard