Mega : deuxième round pour Kim Dotcom



Lundi 21 Janvier 2013


Remonté après la fermeture du fameux site d’hébergement de fichiers Megaupload, Kim Schmitz, son fondateur, a ouvert une nouvelle plate-forme en ligne. Ses déboires avec la justice ne l’ont pas refroidi, et il a d’ailleurs échappé à la demande d’extradition qui pesait sur lui. Il semble aujourd’hui résolu à reprendre la partie de bras de fer qui l’oppose au droit américain.



Crédit photo - Wired Magazine (octobre 2012)
Kim Schmitz, alias Kim Dotcom, a le sens de la mise en scène. Une année exactement après la fermeture de son ancien site Megaupload, le sulfureux homme d’affaires inaugurait le 19 décembre 2013 son nouveau site d’hébergement de fichier intitulé « Mega ». Le succès est indéniable puisque le site aurait enregistré quelque 250 000 inscriptions dans les heures suivant son lancement. Un engouement qui a d’ailleurs surchargé les serveurs de cette nouvelle plateforme de partage.
 
Le succès de Kim Dotcom passe pour de l’insolence. Début 2012, l’ex-patron de Megaupload était arrêté chez lui ainsi que quelques collaborateurs en vertu d’une accusation d’association de malfaiteurs et activité économique illégale déposée par la justice américaine. Il est alors de notoriété publique que Megaupload sert de plateforme de redistribution de fichiers illégalement partagés sur internet. Commence alors ce que beaucoup ont été tentés d’appeler, le procès du piratage. Mais un problème se pose : comment faire la différence entre les fichiers légaux et illégaux sur la masse de données qui transite sur des plateformes comme Megaupload ?
 
Jugé en Nouvelle-Zélande, Kim Dotcom obtient la liberté conditionnelle. Fin 2012, il retrouve une position confortable au tribunal : la justice refuse son extradition aux États-Unis, estimant que les perquisitions réalisées à son domicile, et sa mise sur écoute avaient été organisées illégalement. Les vices de forme et la nature ambiguë du trafic de donnée sur internet ont permis à Kim Dotcom d’échapper au pilori, mais aussi de tirer certaines leçons.
 
En lançant Mega, Kim Dotcom et ses associés comptent bien couper l’herbe sous le pied à tous ceux qui souhaiteraient réitérer les accusations qu’on leur a portées du temps de Megaupload. Ainsi Mega se présente-t-il toujours comme une solution d’hébergement semblable à un service en Cloud. La différence réside dans le fait qu’il appartient à l’internaute de gérer la confidentialité des données qu’il met en ligne en utilisant les applications de chiffrement mises à disposition par Mega. Une disposition anodine ? Non, car elle signifie de façon explicite la dissociation du service d’hébergement et du partage illégal des fichiers.
 
Et Dotcom de résumer dans les colonnes du magazine Wired  : « la seule façon d’empêcher un tel service d’exister serait de déclarer le chiffrement lui-même illégal », or « d’après la Charte des Nations Unies, la vie privée est un droit élémentaire ». Le message est ainsi clair : si la justice américaine veut endiguer le piratage sur internet, il lui faudra filtrer les données personnelles de chaque internaute. Insolent, Kim Dotcom ? Il l’est certainement, lui qui se permettait de tweeter Barack Obama pour lui annoncer l’ouverture de son nouveau site 15 minutes avant son lancement. Mais que l’on s’amuse ou pas de cette insolence, Kim Dotcom a au moins un mérite : celui d'exposer clairement toute la difficulté d’un débat de société aujourd’hui crucial, mais rarement abordé, celui de la cohabitation entre internet et le droit à la propriété intellectuelle et artistique.

Arthur Fournier