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Cessions de magasins : quelles conséquences pour Casino ?




Mercredi 26 Juin 2019


Attaqué sur son endettement depuis 2015, le groupe Casino a depuis multiplié les efforts pour réduire celui-ci, parvenant à le réduire significativement en quelques années. Pointée du doigt comme un mouvement tactique de court-terme, la cession des murs de magasins cristallise néanmoins les critiques. Or pour le groupe Casino, l’idée est bien de se dégager des marges de manœuvres indispensables, au-delà des retombées financières immédiates de l’opération.



Attaqué de façon intensive et répétitive sur son endettement par des fonds d’investissement pratiquant la vente à découvert, le groupe Casino n’a cessé de réduire celui-ci depuis les premières mises en cause par Muddy Waters et Carson Block en 2015. Les attaques ont atteint une intensité rare dans la seconde moitié de 2018, contraignant d’ailleurs l’autorité des marchés financiers à hausser le ton, en marge d’une enquête pour manipulation de cours ouverte depuis 2015, précisément. Les assauts ont été suffisamment rudes pour que le groupe Casino se décide à placer une partie des holdings chapeautant l’ensemble des enseignes du groupe en procédure de sauvegarde à la mi-mai. Au-delà du retentissement médiatique de l’annonce, c’est acte de gestion financière devrait laisser le temps au groupe de renégocier ou rééchelonner la dette, et poursuivre la stratégie de désendettement entamée il y a plusieurs années.

Parmi les stratégies mises en œuvre pour se désendetter, il y a la vente de certains actifs dits non stratégiques, comme les murs de plusieurs magasins. Début 2019, le groupe Casino a ainsi finalisé son plan de cession d’actifs décidé courant 2018. Les murs de 26 magasins d’hypermarchés et supermarchés passaient ainsi entre les mains du fonds d’investissement américain Fortress pour un montant total de 501 millions d’euros. Ce faisant, le groupe Casino sécurisait ses loyers pour plusieurs années (ces 26 actifs - 13 Géant Casino, 3 Hyper Casino et 10 Supermarché Casino - représentent 31,8 millions d’euros de loyers), tout en conservant l’exploitation des magasins.

En 2018, Casino s’était déjà séparé de 15 % du capital de sa foncière Mercialys, passant de la sorte de 40 % à 25 % du capital. Le groupe avait également vendu les murs de 67 magasins Monoprix, en plus de la cession complète de plusieurs hypers insuffisamment rentables. Au final, sur une partie du parc, le Groupe Casino se retrouve donc exploitant de surfaces qu’il loue à des tiers. Mais le principe d’un « échange » entre le produit d’une vente immédiate et la contrainte de loyers récurrents a été pointé du doigt par certains analystes comme une stratégie risquée sur le long terme.

Ce point de vue néglige pourtant plusieurs aspects qui tiennent aux spécificités et à la conjoncture du secteur de la grande distribution. Pour bien vendre, il est ainsi fortement recommandé de vendre en premier, avant que le secteur concerné ne s’effondre. Or le secteur de la grande distribution est en crise et de nombreuses enseignes sont en difficultés. Les hypermarchés en périphéries des grandes villes ne font plus vraiment recette. De fait, il est plus que probable que le secteur subisse une vague de restructurations et de fermetures de magasins dans les années qui viennent, avec de fortes conséquences sur le prix des surfaces commerciales à la vente. En vendant aujourd’hui volontairement, Casino a certainement fait une meilleure affaire que les enseignes qui seront contraintes de vendre en masse sur un marché où l’offre dépassera très largement la demande à terme. Cette multiplication des surfaces commerciales disponibles pourrait aussi avoir une incidence à la baisse sur les loyers à l’avenir.

En parallèle, la grande distribution va très probablement connaitre de profondes transformations du business model dans les années qui viennent, concernant aussi bien les emplacements géographiques des magasins que leur taille ou encore les technologies nécessaires à l’expérience client et au parcours client en magasin. Toutes les entreprises de la grande distribution devront faire preuve à la fois de résilience et d’agilité dans un environnement plus que jamais très concurrentiel. Dans ce contexte, être locataire des murs de ses magasins et donc avoir la possibilité sur court préavis de modifier la physionomie de son réseau et de ses implantations pourrait s’avérer être un avantage décisif. L’agilité opérationnelle risque d’être l’une des conditions de survie dans un secteur à l’avenir très incertain.

Au-delà des changements financiers et comptables dans le bilan, occasionnés par cette cession des murs de cession de magasins, le fait d’être locataire pourrait donc se révéler être un avantage concurrentiel décisif dans un secteur en mutation. Les détracteurs de cette solution oublient ainsi que l’une des enseignes le plus performantes du groupe Casino, Franprix, est locataire des murs de l’intégralité de son parc. Ce n’est peut-être pas sans raison.

François Deval




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