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Dette des Etats-Unis : bientôt plus élevée qu’après 1945 ?




Jeudi 12 Février 2026


Le Congressional Budget Office (CBO) a publié le 11 février 2026 ses nouvelles projections budgétaires à dix ans. Elles confirment une dégradation marquée des finances fédérales. Le déficit restera proche de 2 000 milliards de dollars par an, tandis que la dette publique détenue par le public dépasserait 120 % du PIB à l’horizon 2036. Pour la première économie mondiale, la dynamique budgétaire redevient un enjeu macroéconomique central.



La forte hausse de la dette américaine

D’après le Congressional Budget Office, le déficit fédéral atteindra 1 853 milliards de dollars pour l’exercice 2026, soit environ 1 700 milliards d’euros, ce qui représente 5,8 % du PIB, selon Reuters. Cette proportion est nettement supérieure à la moyenne observée avant la pandémie. En outre, le déficit moyen sur la période 2026-2035 s’élèverait à 6,1 % du PIB et grimperait à 6,7 % en 2036, toujours selon Reuters. Autrement dit, la dette progresserait plus vite que la production nationale.

Sur dix ans, le CBO estime que les déficits cumulés atteindront 23 100 milliards de dollars, soit environ 21 200 milliards d’euros, en hausse de 1 400 milliards de dollars par rapport aux projections précédentes. Cette révision reflète l’impact de décisions fiscales et budgétaires récentes. En conséquence, la dette détenue par le public passerait de 101 % du PIB aujourd’hui à plus de 120 % en 2036. Ce niveau dépasserait le précédent record de l’après-guerre.

Un déséquilibre structurel entre dépenses et recettes

L’analyse du CBO met en évidence un déséquilibre persistant entre dépenses et recettes. Selon le Committee for a Responsible Federal Budget, les dépenses fédérales passeraient de 23,1 % du PIB à 24,4 % du PIB d’ici 2036. Dans le même temps, les recettes progresseraient de 17,2 % à 17,8 % du PIB. L’écart resterait donc supérieur à 6 points de PIB sur la période projetée.

Ce différentiel alimente mécaniquement le déficit et, par conséquent, la dette. Par ailleurs, la charge d’intérêts augmente à mesure que l’encours d’emprunt croît. Le CBO souligne que les déficits annuels resteraient « proches de 2 000 milliards de dollars par an au cours de la prochaine décennie ». La dynamique devient cumulative : plus la dette augmente, plus les intérêts pèsent, ce qui creuse encore le déficit.

Dans ce contexte, la soutenabilité budgétaire dépendra fortement de la croissance nominale et des conditions de financement. Si les taux d’intérêt réels demeurent élevés, la trajectoire de la dette pourrait s’écarter encore davantage des hypothèses centrales. Inversement, une croissance plus robuste réduirait mécaniquement le ratio dette/PIB, toutes choses égales par ailleurs. Toutefois, le scénario central du CBO repose sur une normalisation graduelle de l’inflation et une croissance modérée.

L’impact des choix fiscaux et commerciaux récents

La dégradation des projections intègre également l’effet des politiques fiscales et commerciales associées au retour de Donald Trump. Le Financial Times estime que l’extension des réductions d’impôts et certaines mesures migratoires pourraient ajouter environ 4 700 milliards de dollars au déficit sur dix ans, soit près de 4 300 milliards d’euros. Ces mesures réduisent les recettes structurelles, à moins d’être compensées par des hausses d’impôts ou des coupes de dépenses.

Parallèlement, les droits de douane renforcés généreraient environ 3 000 milliards de dollars de recettes supplémentaires sur la décennie, mais ne couvriraient qu’une partie du coût budgétaire des baisses d’impôts prolongées.

À court terme, la profondeur et la liquidité du marché américain continuent d’attirer les investisseurs internationaux. Cependant, à moyen terme, la trajectoire de la dette pourrait influencer la prime de risque exigée par les marchés. Si le ratio dette/PIB dépasse 120 % comme prévu, la perception de la soutenabilité budgétaire deviendra un paramètre central pour les investisseurs institutionnels et les banques centrales étrangères.

François Lapierre

Dans cet article : calculs, croissance, déficit, dette, pib, trump, usa



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