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Face aux enjeux urbains : Marc Villand, président d’Interconstruction et vice-président de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI)




Mardi 2 Avril 2019


Marc Villand préside depuis 2003 Interconstruction, groupe indépendant de promotion immobilière de taille moyenne. Il est par ailleurs président de la chambre Île-de-France de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) depuis 2016. Une position de choix pour analyser les enjeux actuels en matière d’urbanisme et de politique du logement.



Face à la loi ELAN
 
La Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) a eu l’occasion de s’exprimer à maintes reprises par la bouche de sa présidente, Alexandra François-Cuxac, ou de son vice-président, Marc Villand, sur la préparation et la discussion de la loi ELAN. La présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), a dit souhaiter un délai pour le retrait du Pinel en zone B2, une solution pour développer le logement intermédiaire, et préconisé une mixité sociale au niveau du quartier, et non plus à l’échelle de l’immeuble (1). Commentant la stratégie du Gouvernement en matière de logement, Marc Villand s’est pour sa part félicité d’avancées très attendues : « Si la loi ELAN ne va pas assez loin pour impulser un vrai "choc de l’offre", elle permet d’avancer sur des points importants pour nous : la limitation des recours abusifs, la réduction des délais d’instruction des permis de construire, la dématérialisation des documents demandés, l’allègement des règles d’accessibilité. Car, pour nous, l’essentiel réside dans l’allègement des contraintes, des normes et des risques de recours abusifs contre les permis de construire. »  (2)
 
Face au marché

En 1998, il fallait mettre sur la table l’équivalent de 2 500 euros/m² pour accéder à un appartement neuf. Dix ans plus tard, en 2008, le même mètre carré valait 4 100 euros. Et aujourd’hui, malgré une crise économique majeure qui a suivi le krach des "subprimes", il faut disposer de 4 700 euros pour se payer un mètre carré de logement neuf en Île-de-France. Encore n’est-ce qu’une moyenne. À Paris, le même mètre carré de neuf est passé de 5 000 à 11.000 puis 15 000 euros...

Cela fait le succès des ventes de programmes neufs à "prix maîtrisés". En contrepartie de conditions préférentielles d’achat du foncier vendu par des municipalités, certains promoteurs acceptent d’appliquer une ristourne de 5 à 25 % à certains accédants. Avec quelques conditions, qui dépendent des chartes mises en place par les collectivités publiques. Thibault Dutreix, PDG de Coffim, un promoteur présent entre autres à Montreuil, où la charte est particulièrement stricte, explique : « Elle ne nous empêche pas de travailler. Au contraire, elle permet d’accéder à un foncier moins cher et nous assure un taux d’écoulement plus rapide de nos programmes, ce qui compense la baisse de prix consentie. » (3)

Concernant la situation du logement neuf dans les mois à venir, Marc Villand met en garde : « On observe un ralentissement des mises en chantier, en particulier en Île-de-France, principalement à cause des problèmes de permis de construire et de recours. Cela est dû aussi à la prudence des maires dans le lancement de nouveaux projets avant les prochaines élections municipales de mars 2020. Car ces derniers ont des inquiétudes fortes sur le financement des équipements qu’implique l’arrivée de nouveaux habitants sur un territoire, alors même que la taxe d’habitation doit baisser… »

Face aux besoins des utilisateurs

Marc Villand estime urgent de se donner les moyens de mieux répondre aux nouveaux besoins des utilisateurs des constructions. Et pas seulement dans l’habitat, mais aussi dans les nouveaux espaces de travail. Le premier sujet important pour lui est celui de la mobilité et du travail à distance. Le deuxième, complémentaire, est la réversibilité de l’affectation des bâtiments en bureaux ou en logements, la souplesse du travail contemporain imposant de passer facilement d’une utilisation à une autre. Pour toutes ces questions qui préfigurent la ville du futur, Marc Villand, en tant que président d’un groupe de promotion immobilière spécialisée en logement, très présent en Île-de-France, est convaincu que les promoteurs ont une responsabilité importante à assumer : « D’une manière générale, il faudra accorder plus de confiance aux acteurs de terrain que nous sommes pour réussir à promouvoir des immeubles de qualité et un urbanisme responsable. »

Face au Grand Paris

Dans le contexte particulier du Grand Paris, les pratiques publiques doivent évoluer : « L’État doit d’abord retrouver une vision cohérente de ce qui constitue une métropole active : la taille, la qualité de vie, l’emploi… L’État doit, en particulier, gérer l’enchevêtrement des modes de transport (voiture, transports en commun, vélos, trottinettes, piétons…). Il est important de préserver une vie urbaine partout où c’est possible, et pas seulement auprès des gares d’interconnexion. Enfin, point qui m’est particulièrement cher, l’État doit apprendre à faire rentrer la nature dans la ville à un coût acceptable pour tous »conseille Marc Villand (4). Le groupe qu’il préside, Interconstruction, s’applique à sa manière à développer cette vision à Aubervilliers, Asnières, Chatenay, Bezons ou ailleurs en première ou seconde couronne. Il a même lancé très récemment un concept unique, « cultiver l’art de la ville », qui vise non seulement à diffuser des œuvres littéraires dans les parties communes de ses résidences mais aussi à préserver la biodiversité dans les jardins intérieurs (5).

Face au risque immobilier
 
Le risque est inhérent au métier des promoteurs. Marc Villand le sait bien et défend l’idée qu’ils sont, grâce à leur aptitude à maîtriser les risques, les vrais acteurs de terrain qui façonnent nos villes : « Pour moi, la promotion immobilière est un défi humain qui consiste à gérer un risque multiforme. Un risque au bout du compte financier, mais qui résulte de risques politiques, commerciaux et techniques… qu’il ne faut surtout pas cumuler pour s’en sortir. Ces enjeux politiques, commerciaux et techniques sont très forts, et plus on est connu, plus on y est exposé. Il faut bien comprendre que tout ce qui touche à la ville est particulièrement sensible, car tout le monde a son idée sur la question urbaine, ce qui peut occasionner bien des simplifications abusives… Tout cela nous oblige à être plus éthiques, moins arrogants, à la fois plus rigoureux et plus transparents. C’est une bonne chose et nous en faisons désormais la clef de notre système de recrutement au sein d’Interconstruction. » 

La promotion immobilière, à l’instar de bien des métiers s’est mis au goût du jour sur nombre de questions sociétales prégnantes. Pour le plus grand bénéfice des villes, la profession s’éloigne de l’image des promoteurs bétonneurs tant décriée par le passé.

(1) https://www.lemoniteur.fr/article/les-classes-moyennes-sont-les-grandes-oubliees-du-projet-de-loi-elan-alexandra-francois-cuxac-presid-35490686
(2) https://www.entreprises-et-decideurs.fr/Marc-Villand-president-d-Interconstruction-et-vice-president-de-la-Federation-des-promoteurs-immobiliers-FPI-Accorder_a1610.html 
(3)  https://www.challenges.fr/immobilier/actu-immo/logement-neuf-ces-villes-d-idf-qui-forcent-les-promoteurs-a-vendre-moins-cher_567507
(4) https://www.sensemaking.fr/Marc-Villand-Interconstruction-%E2%80%89Les-promoteurs-immobiliers-aiment-les-realisations-innovantes%E2%80%89_a323.html
(5) https://www.sensemaking.fr/Interconstruction-l-art-de-cultiver-la-ville_a387.html

Capucine Davignon




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