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L’Espagne en dissidence face à l’Eurogroupe pour remettre son économie sur les rails




Vendredi 16 Mars 2012


Le pacte de discipline budgétaire planifié fin 2011 a été adopté par 25 pays de l’Union Européenne au début de l’année 2012. L’Espagne, qui en avait contesté l’étroitesse des exigences, fait finalement partie des signataires. Compte tenu des difficultés économiques qu’il traverse aujourd’hui, le pays a fait admettre qu’il ne tiendra toutefois pas dans les délais escomptés l’objectif de maintenir son déficit en dessous de 3% du PIB.



L’Espagne en dissidence face à l’Eurogroupe pour remettre son économie sur les rails
A l’approche de la fin du premier trimestre 2012, la situation économique de l’Espagne est des plus préoccupantes. Le pays semble fragilisé à tous les niveaux et ses perspectives de reprise semblent aujourd’hui dépendre de l’action publique.
 
Depuis 2008, l’Espagne vacille. Le pays réalise de piètres performances de croissance ces cinq dernières années respectivement 0,9 et ,07% de croissance en 2008 et 2011. Globalement, le pays est en phase de récession et ces quelques années ne compensent pas le recul du PIB : en effet en 2009 l’Espagne enregistrait -3,9% de croissance du PIB, -0,1% en 2010. Aujourd’hui, le gouvernement espagnol anticipe un recul de 1,7% du PIB  en 2012. Aux difficultés présentes s’ajoutent donc de funestes perspectives pour le pays.
 
Depuis 2009 toutefois, l’Espagne est parvenu réduire son déficit public conformément aux attentes de l’Union Européenne et de l’Eurogroupe tout particulièrement. Ainsi la dette de l’État espagnol est-elle passée de 11,2% du PIB à 8,5%. Mais la performance est insuffisante selon l’Eurogroupe qui souhaite voir les pays de la zone euro ramené leurs déficits publics à un niveau inférieur à 3% de leurs PIBs nationaux conformément aux objectifs énoncés dans le pacte de rigueur budgétaire.
 
Conscient des difficultés de l’Espagne, l’Eurogroupe lui avait demandé de ramener progressivement son déficit public à un niveau de 4,4% du PIB à l’issue de l’année 2012 en tablant sur sa capacité à réaliser une croissance de 2,3% en 2012. Mais les ambitions des ministres des finances européens pour l’Espagne ont depuis été revu à la baisse.
 
A l’heure actuelle, l’Espagne totalise plus de 4,7 millions de chômeurs ; un record pour un pays industrialisé. Dans un contexte où près d’un jeune sur deux et un quart de la population se trouve sans emploi, la situation sociale est extrêmement tendue. Les exigences de rigueur budgétaire sont contestées et les citoyens espagnols réclament l’assistance des pouvoirs publics.
 
Parallèlement, la réforme du droit du travail initiée par le premier Ministre Mariano Rajoy suscite un grand mécontentement populaire. Adoptée le 11 février 2012, cette réforme prévoit un assouplissement des règles du marché de travail espagnol ainsi qu’une baisse des indemnités de licenciement. Les syndicats espagnols condamnent ces mesures qu’elles jugent nuisibles pour les emplois déjà existant.
 
Arrivé au pouvoir il y moins de 5 mois, le premier ministre est déjà accueilli dans les rues à grand renfort de pancarte sur lesquels on peut lire : « Rajoy, tu es inutile ». Dans ce contexte social agité où une grève générale pour la défense des services publics et contre la politique de rigueur budgétaire est déjà programmée le 29 mars par les syndicats UGT et CCOO, la marge de manœuvre du gouvernement est limitée.
 
La déclaration du 2 mars 2012 dans laquelle Mariano Rajoy déclarait unilatéralement que l’Espagne maintiendrait sont déficit public au niveau de 5,8% du PIB en 2012 non pas à 4,4% comme le souhaitait l’Eurogroupe ne relève pas de la provocation. Elle est plutôt l’expression de l’impossibilité du gouvernement espagnol de se résoudre à limiter sa capacité d’action dans un contexte économique et social aussi tendu. Mariano Rajoy le sait : pour mener à bien sa réforme du droit du travail et relancer l’économie malade de son pays, le soutient de l’État sera nécessaire. Il lui était donc nécessaire d’arbitrer avec les exigences de l’Eurogroupe.
 
Les ministres des finances de la Zone Euro ont accepté le compromis avec l’Espagne en s’accordant sur un objectif de déficit maintenu à 5,3% du PIB pour l’année 2012. Mais cette décision n’est pas sans conséquence. Dans un sens en effet, elle constitue une forme de reconnaissance par les membres de l’Eurogroupe que la logique de rigueur budgétaire est en contradiction directe avec la logique de sortie de crise.
 
L’adoption du pacte de rigueur budgétaire ne s’est pas faite au moment opportun pour l’Espagne. Encore en pleine gestion de crise économique, il lui est difficile de s’en tenir aux exigences budgétaires formulées par l’Europe. En négociant, un compromis avec l’Eurogroupe au sujet de celles-ci, l’Espagne à fait admettre que le déficit budgétaire était un atout sans lequel elle ne pouvait pas composer en période de cris, fut-il simplement utilisé pour acheter la paix sociale. Sujet à une forte pression en ces premières semaines de 2012, le gouvernement espagnol doit réagir vite et avoir les bons réflexes ; la façon dont il gère ses difficultés montre que la rigueur ne lui est pas apparue comme indiquée dans sa situation. Une stratégie qu’il est intéressant de méditer.

La Rédaction




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