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L’Intelligence Artificielle sera-t-elle source d’inégalités et de dépendances ?




Mardi 23 Avril 2019




Le XXIe siècle devrait voir l’expansion de l’Intelligence Artificielle (IA) et conduire, à ce que nombre d’économistes dénomment comme la troisième révolution industrielle. Peu d’études, jusqu’à présent, ont abordé les risques de monopole et de dépendances engendrés par l’avènement d’une technologie. Ces risques générés pourraient renforcer les déséquilibres sociétaux et économiques qui émergent et être source de nouveaux déséquilibres. Pourtant dans l’inconscient collectif, l’IA est associée soit, à une frayeur et à un risque pour l’humanité soit, à une incroyable opportunité économique et de progrès. Cette deuxième vision, optimiste, a conduit les Puissances à prôner le développement de l’IA par le biais des champs applicatifs.
Or, les crises sociétales actuelles démontrent la persistance de déséquilibres économiques, et les raids informatiques exposent les vulnérabilités et les dépendances de nos économies et de nos sociétés aux nouvelles technologies. L’actualité démontre le renforcement de ces dépendances, vulnérabilités et des attaques, permis par les nouvelles technologies, dont l’IA est un des fers de lance. Des études abondent dans ce sens en démontrant la capacité à rendre partiale et orientée une IA. Ainsi, les crises auxquelles font face les sociétés occidentales devraient nous questionner sur la notion d’État stratège, des capacités d’influences et de contrôles par des Puissances étrangères, permis par les nouvelles technologies. 
On observe des concentrations qui s’opèrent, tout comme des dépendances à un écosystème donné qui pourrait quasi relever d’une situation oligopolistique sinon monopolistique et surtout de captivité. Ces écosystèmes d’IA représentent de véritables enjeux économiques, mais aussi sociétaux du fait de la pluralité et de l’importance des champs d’applications qu’ils couvrent. Au-delà de la plateformisation et de la captivité qui en résulte une concentration tous azimuts opérée par les acteurs majeurs du secteur des nouvelles technologies tant. Cette concentration se remarque tant dans le domaine des données, que des plateformes de développement collaboratif, tel que l’illustre le rachat de GitHub par Microsoft, que dans le rachat de start-up ou des spécialistes.
La dépendance conduit à ce que certains appellent la colonisation numérique. Cette forme de colonisation peut être illustrée par l’obligation de s’intégrer dans des écosystèmes pour pouvoir exister (ex : Android, Apple play…). Cette dépendance se caractérise aussi par l’acquisition des savoir-faire, des savants, et des startups. Et se matérialise aussi par le poids que font peser ces plateformes sur nous, et leur puissance sociétale, culturelle ou économique. L’un des risques majeurs de cette vassalité émergente est de voir aujourd’hui une Puissance en déposséder une autre ou de lui imposer un modèle qui pourrait avoir des répercussions hors des champs économique ou technologique.
La résultante de cette dépendance et d’absence de stratégie globale, pourrait donc de voir s’accroître les rachats et surtout conduire à l’absence de développement national voir à la délocalisation d’une partie de nos start-up et savoirs. Délocalisation, d’autant plus probable et pertinente que dans le domaine applicatif et algorithmique se développe partout dans le monde des pôles de compétences, et que par le passé l’ingénierie ou la manufacture ont subi le même sort. Cette menace devrait être prise au sérieux, car il est plus aisé de délocaliser une ligne d’algorithme ou de la donnée sur des serveurs lointains, qu’une usine.
La conséquence de pareil risque ne ferait que renforcer les inégalités sociales déjà présentes, les faiblesses et dépendances économiques et, surtout, risquerait de mener à une hausse à des logiques de contrôle et de diffusion des produits de l’IA (informations, données, solutions techniques). L’ouvrage « Guerres économiques pour l’Intelligence Artificielle » analyse de façon clinique ces dépendances et liens de vassalité, et permet de comprendre les enjeux pour nos sociétés occidentales ainsi que les grandes forces déjà à l’œuvre.

Benoit Bérard



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