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L’élément humain au cœur de l’intelligence économique, plus qu’hier et moins que demain




Vendredi 20 Avril 2018


Dans le contexte actuel de lutte antiterroriste, nous entendons régulièrement dans les médias qu’il devient urgent de remettre le renseignement humain au cœur du dispositif. De quoi parlons-nous précisément derrière ces injonctions qui semblent, à première vue, relever du bon sens ?
Dans « Le renseignement humain à l’ère numérique », édité par VA Editions, Terry Zimmer, conseil et enseignant en intelligence économique développe ce sujet. Loin des clichés et fantasmes, il offre un regard atypique, non militaire, qui tente de démontrer sa valeur et surtout comment chacun peut et doit s’en saisir.



Commençons par le début. Qu’est-ce que le renseignement humain ?

L’une des définitions les plus simples du renseignement humain est de dire que c’est l’acquisition d’informations auprès d’une personne, directement ou non.
C’est un ensemble de connaissances, de savoir-faire et de savoir-être qui peut faire appel à des outils comme les réseaux sociaux par exemple.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

C’est un sujet que je creuse depuis 10 ans. Je suis moins intéressé par le côté historique (les grands noms, les grands « coups ») que par les méthodes et les techniques. En particulier leurs applications dans un cadre civil.
De nombreux agents de renseignements à la retraite plaisantent souvent en disant qu’ils ont pratiqué le plus ancien métier du monde (car il faut bien savoir où trouver ces dames). Vu comme cela, il sera aussi le dernier.
C’est un sujet à la réputation sulfureuse et qui draine beaucoup de fantasmes. Il est injustement mal traité. C’est l’art noble et le parent pauvre de l’intelligence économique, dans son enseignement et ses applications professionnelles. Il est urgent de le réhabiliter et de le mettre en lumière.

Pourquoi préciser « à l’ère numérique » dans le titre ?

Nous vivons dans un monde en pleine mutation technologique. Elle bouleverse notre mode de vie, notre façon de communiquer, notre organisation et notre relation à l’information.
Pour l’illustrer par un exemple, il suffit de voir l’état de confusion et le sentiment d’impuissance dans lesquelles nous plongent quelques « fake news ». François-Bernard Huygues regrette l’obsolescence du mot « bobard ». Il n’a pas tort, car la rumeur, la propagande, la désinformation ou l’intoxication, il y en a plein l’Illiade d’Homère. Dorénavant cela se passe sur Facebook et c’est ce qui semble nous faire perdre tous nos repères.
Le renseignement humain est une excellente réponse à ces problématiques.
 C’est le but de cet ouvrage : rappeler les très vieux fondamentaux (parfois oubliés) et s’interroger sur les outils actuels (et futurs) afin de les gouverner et ne pas les subir.

Vous pouvez préciser en quoi le renseignement humain est une excellente réponse aux problématiques actuelles ?

Bien sûr. Quelqu’un qui sait comment fonctionne le cerveau et comment il peut se tromper est mieux équipé pour prendre conscience de ses propres erreurs et peut s’améliorer. Elle est également mieux équipée pour comprendre les gens autour d’elle et s’adapter en fonction.
Une personne qui connaît les algorithmes et les machines, leur utilité, leurs limites, mais aussi leurs dangers, est capable de les utiliser de façon efficiente, car elle ne se laisse pas berner par les promesses alléchantes et les illusions technologiques.
Une personne qui travaille son esprit critique, qui sait qualifier l’information et l’analyser n’a pas besoin de « décodeurs » ou d’un autre tiers pour lui indiquer ce qu’elle peut lire ou non.
Une personne sensibilisée à l’importance d’un réseau relationnel, qui sait comment le créer, le développer est plus résiliente.
Une personne qui sait protéger sa vie privée est mieux armée contre les atteintes que cette dernière subit, régulièrement et avec force ces derniers temps.
Le renseignement humain englobe tous ces sujets (et d’autres), c’est un superbe outil d’émancipation, d’autodéfense intellectuelle (et d’attaque) et d’autonomie.

Il y a un paradoxe dans ce que vous dites. Si c’est si essentiel, pourquoi est-ce si négligé ?

Je ne peux pas vous répondre précisément. Je suppose que c’est un mélange de nombreux aspects.
Sur un plan marketing, il est difficile à vendre. Moins « sexy » qu’une jolie interface logicielle. Les résultats ne peuvent s’apprécier que sur le temps long (qui vit encore dans le temps long ?).
De plus, ces résultats ne sont pas assurés et ils sont difficiles à quantifier dans un tableur ou un rapport annuel. Les compétences professionnelles induites sont mal reconnues.
Il est considéré comme « sale », « risqué », « un truc d’espion » ou d’officine obscure.
Enfin les gens ont souvent le vague sentiment que si les autres doivent l’apprendre, eux savent intuitivement. Les fakes news trompent les autres, pas soi... Donc c’est peu enseigné ou son enseignement est mal écouté. Je suppose qu’il y a encore d’autres motifs.

Sale et risqué ?

En territoire hostile et sous couverture, un officier de renseignement agit légitimement, mais n’a pas les mêmes objectifs qu’un citoyen ordinaire. Rassurez-vous, le livre veille à traiter ce sujet dans un cadre qui soit légale et éthique. Et il y a déjà fort à faire.

On lit votre livre et on maîtrise le renseignement humain ?

Il n’a pas cette prétention, mais j’aimerais beaucoup que ce soit si simple.
Il a déjà été évoqué plus haut que le renseignement humain est un ensemble de connaissances, de savoir-faire et de savoir-être. C’est un sujet hybride, aux contours flous, sur lequel on peut greffer beaucoup de thématiques.
Cela explique pourquoi le livre fait appel à une dizaine d’experts dans leurs domaines respectifs, car il n’est pas possible, pour une personne, de tout maîtriser.
Cela étant dit, l’ouvrage tente de fournir un cadre, une colonne vertébrale pour mettre le lecteur « sur la bonne voie » et pour le laisser continuer son expérience seul, s’il le souhaite.
Il ne suffit pas de lire un livre pour comprendre ce thème, il faut l’expérimenter et le mettre en pratique au quotidien.
Je ne connais personne qui l’ai regretté ou qui a eu le sentiment de perdre son temps.

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La Rédaction




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