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Carnets du Business


           

L’information est-elle américaine ? Questionnements autour du tandem Google / Wikipedia




Jeudi 17 Octobre 2013


Google est l’un des membres de la « bande des 4 » de l’internet, aux côtés d’Amazon, Facebook et Apple, qui dominent – certains diraient contrôlent – le web mondial. Dans cet oligopole 100% américain, Google est le leader incontesté de la recherche d’informations. A ce groupe des dieux du net, il faut ajouter la tentaculaire Wikipédia, qui est une fondation et non comme les autres une société commerciale, mais dont l’influence est tout à fait comparable. Elle forme avec Google un tandem made in USA qui règne sur le monde de l’information en ligne. Aux risques et périls de la diversité…



Google et Wikipédia : les mastodontes de l’information en ligne

La neutralité du réseau en symbole
La neutralité du réseau en symbole
Google ne dispose aujourd’hui d’aucun concurrent sérieux pour ce qui est de son activité principale et historique : la recherche. En l’occurrence en France, 94% des requêtes effectuées sur des moteurs de recherche passent par Google. Il est devenu un passage naturel, si ce n’est obligé, pour l’internaute à la recherche d’une information. Pour Guillaume Roussel, « l’interface épurée du leader mondial de la recherche a su conquérir un marché stratégique et concurrentiel : l’accès à l’information sur le web ». Son créneau est en effet pour le moins stratégique, et ses ambitions très hautes, puisque Google affirme que sa mission consiste à « organiser les informations à l’échelle mondiale dans le but de les rendre accessibles et tous ». Une étude (1) a même mis en lumière que Google modifierait le fonctionnement de notre mémoire : le « réflexe Google » nous pousse à moins chercher à retenir les informations, mais à retourner les trouver… sur Google.
 
A ce réflexe Google, on peut ajouter l’existence indéniable du « réflexe Wikipédia ». Avec ses 17 millions d’articles dans 270 langues et ses 480 millions de visiteurs par mois, l’encyclopédie collaborative est devenue la référence mondiale en la matière. D’autant plus que Google semble favoriser Wikipédia dans ses résultats de recherche : d’après une étude (2), Wikipédia est en première page de Google pour 99% des recherches, dans les cinq premiers résultats pour 96% d'entre elles, et en première position dans 56% des cas. Pour Marc Foglia, auteur d’un essai sur le phénomène Wikipédia : « L'association Google-Wikipédia est ce que j'appelle la nouvelle matrice technologique. On entre un mot-clé et là, on a une telle abondance de résultats que Wikipédia sert de valeur-refuge, de point de repère. C'est un enjeu énorme, car Wikipédia est devenue la première source d'information dans le monde. ». Une valeur-refuge que Google prend soin de servir en tête de liste… Le tandem Google-Wikipédia a donc un pouvoir immense sur l’information en ligne : l’un oriente, et l’autre reçoit les visiteurs. Mais ce parcours bien fléché, quand il concerne une denrée aussi particulière que l’information, n’est pas sans poser problème d’un point de vue éthique.

Un tandem surpuissant : menace pour la diversité… et l’objectivité ?

En effet, là où le web a pu susciter les espoirs de voir éclore une diversité culturelle jamais vue encore, rendant accessible à chacun une immensité de contenus, on s’aperçoit que finalement ce sont deux entités, américaines, qui gèrent très majoritairement l’accès aux savoirs. Côté diversité, le pari n’est pas franchement gagné.  
Quant à l’objectivité, ni Google ni Wikipédia ne peuvent la revendiquer. Chez Google, la hiérarchisation de l’information ne se fait pas sur des critères scientifiques ou objectifs, mais sur un algorithme favorisant notamment les sites « populaires ». L’objectif de Google n’est pas de renvoyer vers le vrai, mais vers le plus vu... ce qui n’est pas tout à fait identique. Aucun tri, aucune vérification ne viennent conforter un classement : le moteur de recherche est un robot, et Google n’est qu’un contenant, il n’est en rien caution des contenus vers lesquels il dirige.
 
Quant à Wikipédia, son fonctionnement participatif exclut, c’est le principe, toute validation par des experts. C’est la communauté qui se retrouve garante de la véracité des informations diffusées, avec plus ou moins de succès, mais en tout cas  sans objectivité scientifique systématique. D’ailleurs Rémi Mathis, le président de Wikimédia France, avertit très ouvertement : « Sur Wikipédia, nous sommes clairs : on alerte qu’il n’y a aucune garantie sur ce que vous lisez et qu’il faut garder toujours un esprit critique ». D’ailleurs comme Google, Wikipédia n’est en fin de compte qu’un contenant, qui donne aux internautes les stylos (claviers) pour écrire ses contenus… pour lesquels elle se dégage, une fois encore, de toute responsabilité.

Quelles alternatives ?

Si la mainmise du tandem Google-Wikipédia sur l’information est aussi importante que contestable,  elle n’a pour autant pas fait disparaître d’autres producteurs de contenus, bien qu’elle les ait sans doute rendu moins visibles. La presse en ligne d’abord, se bat pour continuer à exister, malgré un contexte économique difficile... et une forte dépendance à Google, qui lui apporte une proportion non négligeable de son trafic. D’ailleurs quand le moteur a menacé de déréférencer les sites d’information français si on lui imposait de partager les bénéfices qu’il tire de l’information en ligne, les craintes des éditeurs de presse ont été suffisamment fortes pour faire tomber le projet. Malgré tout, des sites comme ceux du Monde, du Figaro ou de l’Equipe jouissent d’une audience très importante, et, comme leurs homologues papier, d’une visibilité et d’une reconnaissance certaine.
 
Le secteur français de l’édition offre lui aussi une belle alternative à ce duopole. Car s’assurer de la véracité des informations diffusées, et préserver la liberté et la diversité d’expression sont depuis toujours au cœur de son métier. Cette mission est rappelée par Vincent Montagne, le président du SNE (Syndicat National de l’Edition), qui a déclaré lors de la dernière AG du syndicat : « Chaque année, l’édition prend des risques et s’adapte en prenant le temps nécessaire pour assurer une offre de qualité, développer un fonds et garantir une offre éditoriale importante ». Hachette Livre, le premier éditeur français, illustre bien ces propos : en 2012 ce sont près de 15 000 nouveautés qui ont été publiées, et parmi elles certains auteurs, non connus auparavant, ont réellement pu percer, comme Grégoire Delacourt ou Barbara Constantine. Afin de rendre cette diversité de contenus de qualité accessibles au plus grand nombre, Hachette Livre développe en parallèle de ses éditions papier une offre de e-books riche et étendue : littérature, manuels éducatifs ou encore fictions pour enfants font partie du catalogue en ligne de l’éditeur, qui fut d’ailleurs l’un des précurseurs en la matière. Une vision du marché désormais partagée par d’autres maisons d’édition, comme Gulf Stream Éditeur, où Paola Grieco, directrice éditoriale, explique qu’« afin de proposer des publications riches et novatrices, nous travaillons d’ores et déjà, main dans la main avec des auteurs, des illustrateurs et des professionnels de ce territoire mouvant, à la conception d’ouvrages alliant les savoir-faire de l’édition traditionnelle aux incroyables perspectives qu’offre aujourd’hui le multimédia ». Ce type d’offres, mais aussi cet engagement pour le soutien des auteurs et pour la diversité font des éditeurs français une vraie contre-force au tandem Google-Wikipédia.

De la nécessité des contre-pouvoirs

L’importance qu’a déjà et que continue à prendre l’alliance plus ou moins formelle entre Google et Wikipédia est une menace potentielle pour la qualité, l’objectivité et la diversité des informations. Le maintien et la promotion de créateurs de contenus multiples est donc une exigence : « la diversité culturelle est, pour le genre humain, aussi nécessaire que l’est la biodiversité dans l’ordre du vivant », écrit l’UNESCO dans sa déclaration universelle sur la diversité culturelle. Au chercheur-lecteur-consommateur aussi d’aider à la préserver en allant la chercher… là où elle se trouve.
 
 
(1) http://www.sciencemag.org/content/333/6043/776.abstract
(2) http://www.intelligentpositioning.com/blog/2012/02/wikipedia-page-one-of-google-uk-for-99-of-searches/  

La rédaction




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