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La revue Politique Etrangère consacre un dossier au Royaume-Uni après les élections




Vendredi 2 Juillet 2010


La Revue Politique Etrangère, de l'Institut Français des Relations Internationales consacre, dans son dernier numéro, un dossier complet sur le Royaume-Uni après les élections. L'IFRI a souhaité offrir aux lecteurs des Carnets l'éditorial de ce numéro. De leur expertise incontournable, ses auteurs se livrent à l'analyse des enjeux contemporains auxquels est confronté notre partenaire d'outre-Manche.



Flickr - cc - LaertesCTB
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En marge des analyses, des rêves, des prédictions sur le futur d’un monde qui se laisse mal penser, les acteurs étatiques d’une part, et les processus multilatéraux d’autre part, dans leurs divers degrés de codification, sont toujours les pôles principaux, déterminants, de l’action internationale. Mais la nature même, le poids, le mode de fonctionnement de ces deux instances évoluent, et d’abord en fonction d’un environnement lui-même en forte turbulence.

Cette livraison de Politique étrangère s’attache d’une part au Royaume-Uni, emblème s’il en est de l’ombrageuse souveraineté nationale confrontée à un monde aux règles changeantes, ou au Brésil, symbole de l’ascension – sans doute irrésistible – des nouvelles puissances ; et d’autre part à la « panne » des négociations multilatérales fondées sur l’idée du monde unique, global : négociations commerciales ou négociations sur le climat. Enfin, plusieurs contributions reviennent sur les problématiques directement ou indirectement liées au nucléaire : où en sont les arsenaux, les doctrines des puissances nucléaires évoluent-elles, que signifie au juste la nouvelle position américaine sur les déploiements en Europe de composantes de la future défense antimissile ? Questions que laissent pendantes l’interminable feuilleton iranien, et plus globalement les perspectives de prolifération appréhendées par la récente conférence de révision du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).

Le Royaume-Uni est-il si différent qu’il le croit, et que nous le croyons, de ses congénères continentaux ? Oui et non. Sur les questions européennes, qui n’ont tenu qu’un rôle négligeable dans la dernière campagne électorale, le royaume appuie son euroscepticisme, somme toute comparable à celui d’autres grandes nations européennes – France y compris – sur un fond d’opinion qui n’a jamais vraiment admis que l’adhésion à la construction européenne constituait un choix stratégique, fondamental, pour le pays. Et le paradoxe apparent est que l’échec manifeste, ces deux dernières décennies, de la relation diplomatique – et militaire – privilégiée Londres/Washington, ne conduit ni les élites britanniques, ni l’opinion, à moduler ce rejet quasi instinctif des ambitions européennes. Les médiocrités européennes n’invitent certes pas à la conversion ; mais les blocages britanniques n’aident guère, eux, à la cristallisation des volontés européennes. Si les inévitables politiques de restriction budgétaire menacent de se transformer en catastrophe pour le budget de défense britannique, la perspective n’incite nullement les partis britanniques dominants à prôner un rapprochement « européen ». L’hypothèse de coopérations industrielles de défense avec la France revient un peu en force : mais au fil des occasions, au fil des programmes décidés nationalement, et seulement dans une logique bilatérale.

La position « européenne » de la Grande-Bretagne ne sera sans doute demain ni aussi catastrophique qu’on le craint, ni aussi positive qu’on l’espère, de ce côté-ci de la Manche. La culture nationale pèse ici de tout son poids, dans un contexte où il se pourrait que le « modèle » britannique s’avère plus résistant que prévu, ou annoncé par des Cassandre continentaux trop pressés. Les problèmes ne manquent pas au Royaume – cohésion interne, questions économiques et monétaires... –, mais les éléments du rebond existent, et l’on demeure impressionné par l’extraordinaire foi en son propre modèle qui émane du pays : un élément déterminant qui manque si souvent de l’autre côté de la Manche...

Copenhague, six mois plus tard, reste le symbole à la fois de la puissance d’une nouvelle doxa – qui eût contesté dans les jours qui précédèrent la conférence à la fois la nécessité, la centralité, de la négociation, et la justesse de la forme « ouverte » adoptée ? –, et d’un échec spectaculaire, au moins par rapport à des résultats déjà proclamés. Les résultats de la conférence de Copenhague doivent, en réalité, être replacés dans un contexte large, celui de l’« architecturation » de la négociation sur le changement climatique, et des autres grands forums internationaux « généralistes » – par opposition aux négociations spécifiques, par exemple sur le désarmement nucléaire.

Les contributions rassemblées ici le montrent bien : nous n’en sommes qu’au début de la recherche d’une architecture, ou de plusieurs architectures, pertinentes pour ces négociations globales, au début des réflexions sur la « gouvernance » du monde nouveau, une gouvernance qui n’existe encore que sous forme improvisée, bricolée. On est désormais contraint d’imaginer les formes possibles des forums de demain, tant les « grandes formes classiques » paraissent déjà décalées. L’affirmation unilatérale de puissance brute n’est plus de mise, comme le reconnaît la plus grande puissance du monde après la catastrophe de George W. Bush. Le globalisme onusien, soit la négociation « plate » de près de 200 États flanqués d’organisations non gouvernementales (ONG) plus ou moins identifiables et plus ou moins légitimes, ne fonctionne plus. L’universalisme des bonnes volontés, ou multilatéral informel, est impuissant.

Dans ces architectures à inventer, les États, pas plus qu’hier, ne sont aujourd’hui égaux, ni figés dans des rapports de force immuables. L’accord entre Brésil, Turquie, et Iran sur le nucléaire iranien, s’il a peu de chances de modifier à lui seul la situation, témoigne de rapports de force mondiaux inédits. Il eût été inimaginable, voici 20 ans, que Brasilia ou Ankara se mêlent de prendre part à la négociation de ce genre de problème. Et si Brésil et Turquie manifestent leurs poids propres, ils reflètent aussi, en arrière-plan, la force de la Chine, de l’Inde peut-être, et pourquoi pas de la Russie si cette dernière parvient à se maintenir dans le jeu des « émergents ». En filigrane, c’est une mutation fondamentale de l’ordre du monde qui se dessine : une multipolarisation en marche que les puissances classiques de l’Occident n’organisent ni ne contrôlent. La manière dont l’Union européenne (UE), partie flamberge au vent, s’est fait marginaliser dans le processus de décision final de Copenhague devrait lui suggérer quelque interrogation...

L’incapacité des puissances traditionnelles à affirmer leur centralité économique (la crise en général, et la manière particulière dont elle révèle les faiblesses européennes), ou politique (l’inaptitude à peser réellement sur le conflit israélo-palestinien, par exemple), annonce non leur disparition, mais leur probable mise aux marges dans un monde aux cartes radicalement redistribuées. À cet égard, l’interrogation sur la place internationale des États-Unis doit être renouvelée. L’Amérique ne rêve certes plus du monopole de la puissance. Mais il n’est sans doute pas plus raisonnable de la penser en déclin. Parmi les puissances classiques pour lesquelles les décennies à venir s’annoncent rudes, l’Amérique est sans doute la seule à avoir les moyens de s’adapter à un monde multipolaire encore à l’état d’ébauche. Seule, du moins tant que l’Europe se complaît dans ses divisions et ses impuissances.

©Ifri

Visitez la page de l'IFRI consacrée à la revue Politique Etrangère

Revue Politique Etrangère, Vol. 75, n°2, été 2010
240 pages, 20€
ISBN: 978-2-86592-713-5

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