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Les États-Unis cèdent la voie aux BRICS au sein du FMI




Jeudi 10 Mai 2012


Les pays en développement sont-ils en train de devenir les pivots négociatoires des institutions de la gouvernance mondiale ? La progression économique et financière des BRIC aidant, il se pourrait que oui et cela commencerait au sein du Fonds Monétaire International.



Les États-Unis cèdent la voie aux BRICS au sein du FMI
Réunis le 20 avril 2012 à Washington pour statuer sur le budget du FMI, les premiers ministres du G20 ont pour objectif de réunir 430 milliards de dollars pour alimenter les réserves de l’institution. C’est moins que les 600 milliards d’euro prévu fin 2011, au plus fort de la crise européenne, car la situation financière mondiale a depuis connu une relative accalmie. Par ces temps difficiles toutefois, financer ses projets à la hauteur de ses espérances demeure un challenge pour le FMI. C’est d’autant plus le cas que les États-Unis ont fait savoir leur volonté de ne pas verser de financement supplémentaire au Fonds Monétaire International malgré la crise européenne.

Avec les États-Unis, les pays de la zone euro sont les premiers bailleurs de fonds du FMI. Par temps de crise de l’euro toutefois, ils en sont également les principaux bénéficiaires. Il a été annoncé que la contribution des pays de la zone euro avoisinerait les 200 milliards de dollars. Mais en l’absence de rallonge de la part États-Unis, le FMI est contraint trouver un moyen de ventiler différemment ses sources de financement. Au-delà du Vieux Continent, la Corée du Sud et l’Arabie Saoudite ont ainsi fait savoir qu’ils contribueraient pour leurs parts à hauteur de 15 milliards de dollars et le Japon, lui, a donné son mot pour un don de 60 milliards de dollars. Des apports significatifs, mais cela ne fait pas le compte.

En 2012, les variables-clés pour résoudre l’équation du budget du FMI sont les pays des BRIC. Le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine ont tous déclaré leur intention de contribuer au financement du FMI sans pour autant s’exprimer avec précision sur les montants. Conscients que leur capacité de pression financière s’est accrue depuis le début des années 2000, les BRIC sont bien décidés à tirer parti de leur pouvoir de négociation auprès des pays développés. Les discussions à l’occasion de l’établissement du budget du FMI leur donnent ainsi une parfaite occasion de le faire.

Au cours des discussions de fin avril 2012 en effet, ces pays ont indiqué que le montant de leur contribution serait soumis à l’obtention d’une plus grande place dans les institutions. Le ministre brésilien des Finances, Guido Mentega, a notamment fait référence à l’adoption par les pays fondateurs du FMI de la réforme des systèmes de quotas 2010 dont l’application devrait fournir aux pays émergents des BRIC un poids accru dans les votes de décisions. La représentation des pays émergents dans cette institution mondiale apparaît donc comme l’enjeu incontournable de ce débat.

Les déclarations de la Russie sont à cet égard emblématiques de la position des BRIC. Le 21 avril en effet, ce pays a fait connaître son intention d’accorder au FMI 10 milliards de dollars de ressources. Anton Silouanov, le ministre russe des Finances, a par ailleurs déclaré que cette somme pourrait être augmentée « pour tenir compte du besoin de ressources supplémentaires du FMI », tout en affirmant plus tard que la décision serait prise en coordination avec les autres BRIC. La Russie a d’ailleurs appelé de ses vœux à un nouveau système de quota d’attribution des votes au sein du FMI, reposant sur « la taille du produit intérieur brut de chaque pays et le volume de leurs réserves d’or et de devises ».

Au début du deuxième trimestre 2012, l’objectif du FMI est simple : il s’agit pour lui de rester en capacité de parer à toute éventualité d’une nouvelle crise financière majeure. Il souhaite avoir la certitude de disposer à cet effet de quelque 800 milliards de dollars à distiller dans les économies du monde qui menaceraient de dérailler. Mais le désengagement des États-Unis place donc les BRIC en pouvoir de négocier leur participation auprès du FMI et de monnayer ainsi une meilleure représentation de leur voix au sein du Fonds.





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