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Les colis livrés en hausse en 2025 en Île-de-France




Lundi 8 Juin 2026


L'explosion des colis en Île-de-France révèle l'ampleur des mutations du commerce électronique. Avec 315 millions de paquets distribués en 2025, soit 17 par habitant, cette massification transforme la logistique régionale tout en posant des défis majeurs pour le trafic et l'environnement.



​Une explosion des livraisons qui révèle les mutations du commerce moderne

L'Île-de-France croule sous les colis. En 2025, 315 millions de paquets ont déferlé sur la région, soit 17 par habitant selon une étude de l'Institut Paris Région publiée le 4 juin. Cette multiplication par trois en cinq ans témoigne de l'emprise grandissante du commerce électronique, mais génère des congestions urbaines inédites et soulève des questions environnementales majeures.

Antoine Beyer, expert fret et logistique à l'Institut Paris Région, pointe "l'accélération spectaculaire du développement des plateformes" de vente en ligne. Paris capte 61 millions de colis annuels, tandis que l'Essonne affiche "une intensité élevée, avec en moyenne 20 colis par an et par habitant".

Les géants chinois s'emparent du marché français

L'origine de ces flux révèle une dépendance préoccupante aux plateformes asiatiques. Quelque 40 millions de colis arrivent directement de Chine, représentant 12,5% du total francilien. Shein, Temu et AliExpress accaparent désormais 20% des volumes traités par La Poste, un niveau comparable aux 22% d'Amazon.

L'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle illustre cette mutation : 773 millions d'articles y ont transité en 2024, contre 170 millions deux ans plus tôt. Cette "porte d'entrée naturelle des échanges intercontinentaux" absorbe un flux qui quadruple en moins de trois ans.

Des formats standardisés qui facilitent la logistique de masse

Les trois quarts de ces colis pèsent moins de 3 kilos, une caractéristique qui simplifie leur acheminement tout en compliquant leur traçabilité. Cette standardisation répond aux stratégies d'optimisation développées par les plateformes numériques, qui privilégient les articles légers à forte marge.

Les Français plébiscitent la livraison à domicile pour des raisons convergentes : praticité, accès à une offre mondiale et prix attractifs. Paradoxalement, cette tendance s'observe "davantage en zone urbaine, où l'offre commerciale est pourtant plus étoffée, que dans l'espace rural", suggérant une préférence comportementale plutôt qu'une nécessité géographique.

Cette explosion génère un engorgement sans précédent du réseau routier francilien. Chaque semaine, 3,5 millions de colis mobilisent des véhicules utilitaires légers qui "représentent 20% du trafic routier, mais occupent près de 30% de la voirie, du fait des arrêts fréents", calcule l'Institut Paris Région.

L'échec programmé de la taxe française

Le gouvernement français a instauré le 1er mars 2025 une taxe de 2 euros sur chaque petit colis arrivant par avion. Une mesure censée freiner l'afflux de produits asiatiques, mais rapidement contournée par les multinationales chinoises.

Shein et Temu ont trouvé "la parade pour ne pas la payer", constate l'étude. Leurs avions atterrissent désormais à Liège, Amsterdam ou en Pologne, territoires exempts de cette taxation. Shein a même édifié un entrepôt géant à Wroclaw pour optimiser sa chaîne européenne. Les colis reviennent ensuite en France par camion, échappant totalement au fisc français.

L'angle mort environnemental

L'Union européenne prépare un droit de douane de 3 euros par type d'article, qui s'ajoutera à la taxe française. Mais l'efficacité reste incertaine face aux contournements déjà observés.

Les innovations dans la logistique urbaine offrent des perspectives plus concrètes. Les vélos-cargo électriques constituent "une vraie solution, beaucoup plus en adéquation avec les problèmes de transport", selon Nicolas Doze. Le développement de hubs logistiques périurbains, la mutualisation des tournées, le déploiement de consignes automatiques et l'optimisation des créneaux de livraison dessinent les contours d'un système plus viable.

Cette transformation du paysage logistique francilien illustre les mutations d'une économie hypernumérisée. Si les consommateurs adoptent massivement ces nouveaux modes d'achat, les collectivités doivent intégrer ces flux dans leur planification urbaine. L'alternative est claire : adapter les infrastructures ou subir leur saturation par une croissance qui ne montre aucun signe d'essoufflement.

Adélaïde Motte

Dans cet article : colis, livraison



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