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Yann Magnan, Duff & Phelps : les raisons d’un recentrage




Mercredi 4 Décembre 2013


Le bureau français de Duff & Phelps fondé par Yann Magnan en 2007 vient d’annoncer qu’il alignait ses activités françaises sur les orientations stratégiques de la maison-mère américaine. Le cabinet se sépare donc de son activité Restructuring par le biais d’un MBO, et se recentre sur le conseil en Evaluation et en Corporate Finance. Focus sur l’entreprise et son dirigeant, Yann Magnan.



Vous entrez dans l'audit à votre sortie de l'Ecole Centrale de Paris, puis bifurquez vers la valorisation financière et la banque d’affaire. Qu'est-ce qui explique cette décision?

Yann Magnan - Directeur Général de Duff & Phelps France
Yann Magnan - Directeur Général de Duff & Phelps France
Après ma formation d’ingénieur à Centrale, j’ai souhaité appréhender le monde des affaires et de la finance par quelques années d’audit chez EY. J’y ai beaucoup appris mais j’étais plus attiré par la vision prospective inhérente aux problématiques de valorisation financière et à la banque d’affaire, par opposition à la vision historique qui prévaut en audit. Après trois ans en audit, j’ai eu l’opportunité de rejoindre le groupe Corporate Finance d’EY à Paris, à la fin des années 1990.

Spécialisé dans la valorisation financière, vous devenez en quelques années le patron Europe de cette activité mais décidez de quitter EY quelques mois plus tard. Expliquez-nous ce choix?

J’ai travaillé 11 ans chez EY. Des années passionnantes, pendant lesquelles j’ai fait de magnifiques rencontres professionnelles et développé une expertise particulière. Mais dans la même période, le marché a évolué drastiquement : les problématiques de conflits d’intérêts et d’indépendance entre les métiers de l’audit et les métiers du conseil au sein des « Big » sont devenues plus prégnantes, la valorisation étant un service qu’un groupe d’audit a l’interdiction formelle de fournir à ses clients d’audit.
 
Cette approche, pour autant extrêmement saine, me pose alors un problème : chez EY France, qui se rapproche en 2002 des anciennes équipes d’Arthur Andersen après l’affaire Enron, la part de marché Audit est forte, et en conséquence le champ des possibles en tant que conseil en évaluation est d’autant restreint. Ce problème est également une opportunité, car cela signifie qu’il y a de la place sur le marché pour un consultant international de premier plan et réellement indépendant.

Vous avez été nommé par Duff & Phelps pour créer le bureau parisien. Vous devenez donc entrepreneur au sens propre du terme. La cotation de Duff & Phelps au NYSE fin 2007 a-t-elle changé quelque chose à votre stratégie?

En 2006, Duff & Phelps me propose d’ouvrir son bureau Parisien. La feuille de route est claire : développer le cœur de métier, l’évaluation financière, et investiguer les opportunités pour tout autre service de conseil financier. Au-delà du positionnement, qui correspond à mon analyse de l’évolution du marché, l’aventure entrepreneuriale m’attire, et je décide de relever le challenge. J’ouvre le bureau de Paris de Duff & Phelps le 15 février 2007. En quelques mois, je déploie une équipe Evaluation Financière d’une douzaine de personnes. Puis le groupe rentre en bourse à New York fin 2007, très peu de temps après la faillite de Lehmann et la crise qui s’ensuit. Les années qui suivent, bien qu’elles nous permettent de démontrer la pertinence de notre modèle, s’avèrent stratégiquement compliquées: cotés en bourse en pleine tempête financière et économique, subissant la pression des marchés à très court terme, et qui plus est avec une capitalisation boursière de l’ordre de 500mUSD, donc pas suffisamment visibles pour être bien compris, ne nous a probablement pas incités à l’expansion à laquelle nous aurions pu prétendre.

Duff & Phelps est sortie de bourse en avril dernier. Pourquoi? Qu'est-ce que cela change pour vous?

Fin avril 2013, Duff & Phelps a été sorti de bourse par quatre fonds d’investissements de premier plan : Carlyle, La Compagnie Financière Edmond de Rothschild, Pictet et Stone Point. Nos nouveaux actionnaires ont une volonté affichée d’accélérer le développement du groupe, notamment en dehors des Etats-Unis, notre marché historique, et en particulier en Europe et en France, sur notre cœur de métier, la valorisation financière et le Corporate Finance.

Vous annoncez le spin off de l'activité de Restructuring à Paris pour vous concentrer sur les métiers de la valorisation et du Corporate Finance. Quelles en sont les raisons?

A compter du 1er décembre 2013, Duff & Phelps et son équipe Restructuration à Paris se séparent. Il s’agit d’une séparation amicale et les deux entités bénéficieront d’une alliance stratégique, partageant ainsi des synergies et intérêts économiques communs, au service de leurs clients communs. Nous avons développé l’offre Restructuration à Paris en 2008, dans un contexte de crise économique particulièrement porteur pour ce type de services. Par la suite, compte tenu du contexte économique lié au marché français et des spécificités locales en matière de traitement des entreprises en difficultés ou sous-performantes, cette offre a évolué différemment du reste de l’activité de Duff & Phelps en Restructuring de Dette au niveau mondial, rendant son intégration stratégique au sein du groupe complexe. Cette séparation permettra ainsi à chacun de se développer de façon indépendante tout en gardant des liens privilégiés.
 
En ce qui concerne notre cœur de métier, le conseil en évaluation et en Corporate Finance, nous estimons que l’Europe, et la France en particulier, offrent des opportunités de croissance particulièrement intéressantes. Nous avons pour objectif de croître significativement en France dans les années à venir tant par le recrutement de Managing Directors et de Directors, que par le biais d’acquisitions.

Quelle est la "marque de fabrique" de Duff & Phelps aujourd'hui sur le marché de la valorisation?

Notre identité s’articule autour d’un triptyque fort : « indépendance », « experts et consultants », et « global ». « Indépendance », d’abord, parce que nous ne sommes pas commissaires aux comptes, et nous ne prêtons pas d’argent. Nos clients viennent nous voir car ils savent que notre structure et notre positionnement sont des garanties d’indépendance et de limitation des risques de conflits d’intérêt. « Experts et Consultants », ensuite, car nos équipes sont formées au meilleur niveau et nous savons capitaliser sur l’expérience de chacun à l’intérieur du Groupe. Pour autant, nous n’oublions pas que nos clients nous mandatent pour obtenir le résultat d’une analyse, mais reviennent nous voir car nous avons sur gérer le process de la façon la plus fluide pour eux. « Global », en fin, puisque notre mode d’organisation nous permet de mettre en place rapidement des équipes internationales, et de travailler sur des transactions impliquant de multiples pays. Une compétence clé pour nos clients, dont la plupart sont parmi les plus grandes sociétés au niveau mondial.

La rédaction





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