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Concessions annulées, arbitrage contesté : le bras de fer entre CK Hutchison et le Panama




Mercredi 4 Février 2026


Après l’annulation judiciaire de ses concessions portuaires stratégiques, CK Hutchison a déclenché une procédure d’arbitrage international. Toutefois, le Panama a rejeté sans ambiguïté cette initiative, affirmant la primauté de son droit constitutionnel sur tout mécanisme contentieux externe.



Le 4 février 2026, le contentieux opposant CK Hutchison au Panama est entré dans une nouvelle phase. Le groupe hongkongais, évincé de concessions portuaires majeures à l’issue d’une décision de justice, a engagé un arbitrage international pour contester cette annulation. Cependant, le Panama a immédiatement rejeté cette démarche, estimant que l’arbitrage est juridiquement irrecevable et politiquement infondé.


CK Hutchison face au rejet de l’arbitrage par le Panama

La décision de la Cour suprême panaméenne, rendue fin janvier, constitue le point de départ du bras de fer. Par cette décision, les magistrats ont invalidé les concessions accordées à la filiale locale de CK Hutchison, estimant que ces contrats violaient plusieurs principes constitutionnels. En particulier, selon les juges, les accords accordaient des avantages fiscaux excessifs et des droits exclusifs incompatibles avec l’intérêt général. Dès lors, le cadre juridique sur lequel reposait l’exploitation portuaire s’est trouvé fragilisé, puis annulé.

Dans ce contexte, CK Hutchison a choisi de recourir à l’arbitrage international afin de contester la rupture de ses droits contractuels. Le groupe soutient que l’annulation unilatérale des concessions constitue une violation des engagements pris par l’État panaméen. Ainsi, la procédure a été déposée auprès de la Chambre de commerce internationale, un forum fréquemment utilisé pour les litiges impliquant des investisseurs étrangers. Toutefois, cette initiative n’a pas suscité l’effet escompté auprès des autorités panaméennes.

Le gouvernement du Panama a, en effet, rejeté catégoriquement l’arbitrage engagé par CK Hutchison. Le président José Raúl Mulino a affirmé que l’État n’entendait pas se soumettre à une procédure internationale portant sur une décision souveraine de justice constitutionnelle. Selon lui, et selon les termes rapportés par des médias internationaux, l’arbitrage ne peut prévaloir sur une décision rendue par la plus haute juridiction nationale. Dès lors, le Panama considère la procédure comme sans effet juridique sur son territoire.


Les fondements juridiques du rejet de l’arbitrage par le Panama

Le rejet de l’arbitrage par le Panama repose sur une lecture stricte du droit interne. Les autorités rappellent que les concessions portuaires de CK Hutchison ont été annulées pour inconstitutionnalité, et non pour un motif contractuel ordinaire. Par conséquent, selon cette analyse, aucun mécanisme d’arbitrage ne saurait remettre en cause une décision fondée sur la Constitution panaméenne. Cette position, défendue par l’exécutif, s’appuie également sur l’argument de la souveraineté juridique de l’État.

En outre, le Panama soutient que les conventions d’investissement invoquées par CK Hutchison ne couvrent pas des situations où un contrat est invalidé par une juridiction suprême pour des motifs constitutionnels. De ce point de vue, l’arbitrage serait non seulement inapproprié, mais également dépourvu de base légale. Ainsi, selon les déclarations officielles relayées par les médias, le pays estime agir dans le strict respect de ses obligations internationales, tout en protégeant son ordre juridique interne.

Par ailleurs, le gouvernement panaméen a tenu à rassurer les acteurs économiques. Malgré le contentieux engagé par CK Hutchison, les opérations portuaires se poursuivent sans interruption. Les autorités ont indiqué que la gestion des infrastructures concernées serait assurée afin de préserver la fluidité du commerce maritime, notamment autour du canal. Cette continuité opérationnelle constitue un élément central de la stratégie panaméenne, visant à limiter l’impact économique immédiat du différend.


Enjeux économiques et géopolitiques autour de CK Hutchison et de l’arbitrage

Au-delà du litige juridique, l’affaire CK Hutchison revêt une dimension économique majeure. Le groupe hongkongais est l’un des principaux opérateurs portuaires mondiaux et a récemment été impliqué dans un projet de cession de 43 ports répartis dans 23 pays. La valeur globale de cette opération est estimée à environ 23 milliards de dollars, soit près de 21 milliards d’euros. Les ports panaméens figuraient parmi les actifs stratégiques de cet ensemble.

Dans ce contexte, le rejet de l’arbitrage par le Panama est observé de près par les investisseurs internationaux. Certains y voient un signal de fermeté réglementaire, tandis que d’autres s’interrogent sur la sécurité juridique offerte aux capitaux étrangers. Toutefois, les autorités panaméennes insistent sur le caractère exceptionnel de la situation, soulignant que l’annulation des concessions de CK Hutchison résulte de circonstances constitutionnelles spécifiques, et non d’un changement arbitraire de politique économique.

Enfin, l’affaire s’inscrit dans un environnement géopolitique sensible. Le canal de Panama demeure une infrastructure stratégique pour le commerce mondial. Dans ce cadre, la présence d’un groupe asiatique comme CK Hutchison a suscité des réactions contrastées sur la scène internationale. Des responsables américains ont salué l’annulation des concessions, y voyant une réduction de l’influence chinoise dans la région. À l’inverse, des représentants chinois ont critiqué la décision panaméenne, évoquant des risques pour la coopération économique. Ainsi, l’arbitrage rejeté par le Panama dépasse largement le cadre d’un simple différend commercial.


Jehanne Duplaa




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