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Monsanto tente de tourner la page Roundup avec un chèque record




Mercredi 18 Février 2026


En mettant sur la table jusqu’à 7,25 milliards de dollars, soit environ 6,12 milliards d’euros, Monsanto cherche à refermer un front judiciaire ouvert depuis des années autour du Roundup. Annoncé le 17 février 2026 par sa maison mère Bayer, l’accord collectif vise à favoriser le retrait massif de plaintes liées à cet herbicide et, ainsi, à transformer un risque explosif lié aux pesticides en charge financière maîtrisée.



Le 17 février 2026, Bayer a officialisé, par un communiqué officiel, un projet d’accord collectif national aux États-Unis porté par Monsanto. Selon Reuters, le dispositif a été présenté devant un tribunal de Saint-Louis, dans le Missouri, et demeure soumis à l’approbation du juge ainsi qu’à la participation d’un nombre suffisant de plaignants. Dès lors, Monsanto ne solde pas immédiatement le contentieux. En revanche, l’entreprise enclenche un mécanisme structuré, destiné à encourager le retrait coordonné des actions en justice, tout en réduisant l’incertitude financière associée aux pesticides à base de glyphosate.


Un accord plafonné, étalé et budgété

Dans son communiqué, Bayer précise que Monsanto financera l’accord par des paiements annuels plafonnés et dégressifs pouvant s’étendre sur une période allant jusqu’à 21 ans. Le texte évoque un total pouvant atteindre 7,25 milliards de dollars. Ainsi, Monsanto choisit l’étalement plutôt qu’un règlement immédiat, car cette structure permet de lisser l’impact sur la trésorerie et, en outre, d’inscrire le coût des litiges dans une trajectoire prévisible.

Par ailleurs, Bayer indique disposer d’une ligne de crédit de 8 milliards de dollars afin de sécuriser le financement du dispositif. Les provisions et passifs liés aux litiges doivent passer de 7,8 milliards d’euros à 11,8 milliards d’euros, dont 9,6 milliards d’euros spécifiquement attribués au glyphosate. Par conséquent, même si Monsanto continue de contester le lien de causalité avancé par certains plaignants, le groupe reconnaît implicitement, sur le plan comptable, l’ampleur du risque associé aux pesticides.

L’objectif est clair : réduire le stock de dossiers ouverts. Reuters évoque environ 65 000 plaignants engagés dans des procédures liées au Roundup, tandis qu’AP News mentionne près de 200 000 réclamations formulées contre Bayer, dont plus de 125 000 actions intentées depuis 2015. Dès lors, Monsanto cherche à industrialiser la sortie de crise, car le traitement individuel des affaires exposerait l’entreprise à des verdicts imprévisibles et potentiellement très élevés.


Monsanto face aux plaignants : un barème pour inciter au retrait

Le projet d’accord repose sur un système d’indemnisation par paliers. Les montants pourront varier en fonction de l’exposition au produit, de l’âge au diagnostic et du type de cancer invoqué. Certains profils fortement exposés pourront percevoir en moyenne 165 000 dollars, soit environ 139 000 euros, alors que d’autres cas seraient indemnisés autour de 20 000 dollars, soit près de 16 900 euros, voire 10 000 dollars, environ 8 400 euros. En conséquence, Monsanto substitue à l’aléa judiciaire une grille standardisée, afin de plafonner l’incertitude financière et d’encourager les retraits de plaintes.

Cependant, cette approche suscite des critiques. L’avocat Christopher Seeger affirme qu' « aucun accord ne peut effacer un diagnostic », et l’avocat Matt Clement estime que « les paiements proposés sont beaucoup trop faibles ». En parallèle, Reuters mentionne qu’un plafond pouvant atteindre 198 000 dollars, soit environ 167 000 euros, est envisagé dans certains cas. Or, ces montants restent inférieurs à certains verdicts spectaculaires rendus par des jurys américains, dont un jugement de 2,1 milliards de dollars, soit environ 1,77 milliard d’euros. Ainsi, Monsanto tente de convaincre que la sécurité d’un accord collectif vaut mieux que l’incertitude d’une bataille judiciaire prolongée sur les pesticides.


Monsanto, marchés et visibilité financière

Au-delà du volet judiciaire, l’impact économique est immédiat. Bayer prévoit environ 5 milliards d’euros de décaissements liés aux litiges en 2026, ce qui pourrait entraîner un flux de trésorerie disponible négatif. Néanmoins, le marché semble avoir accueilli favorablement la tentative de clarification : l’action Bayer a progressé de 7,35 % à Francfort après l’annonce.

En définitive, Monsanto cherche à convertir une menace diffuse en charge budgétée et encadrée. L’accord ne constitue pas une reconnaissance de responsabilité, comme le rappelle Bayer, mais il représente un tournant stratégique dans la gestion du dossier Roundup. Reste à savoir si un nombre suffisant de plaignants acceptera ce compromis, car, malgré l’enveloppe de 6,12 milliards d’euros, le contentieux des pesticides demeure l’un des plus sensibles et des plus coûteux de l’industrie agrochimique mondiale.


Jehanne Duplaa




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