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Eolien : l'accord entre TotalEnergies et Trump attaqué en justice




Mercredi 3 Juin 2026


Sept États américains attaquent en justice l'accord entre TotalEnergies et l'administration Trump qui prévoit le remboursement d'un milliard de dollars en échange de l'abandon de projets d'éolien en mer. Cette bataille juridique révèle les profondes divisions sur la politique énergétique américaine et menace des milliers d'emplois dans les renouvelables.



L'accord TotalEnergies-Trump : un « deal » à un milliard de dollars

L'éolien offshore américain traverse une tempête juridique sans précédent. Sept États du nord-est des États-Unis, menés par New York, ont déposé une plainte retentissante contre l'administration Trump pour contester un accord financier controversé conclu avec TotalEnergies. Négocié en mars 2026, cet accord prévoit le remboursement d'environ un milliard de dollars au géant pétrolier français en contrepartie de l'abandon définitif de ses projets d'éoliennes en mer — une transaction que ses opposants qualifient de détournement organisé de fonds publics au profit des énergies fossiles.

L'accord signé fin mars 2026 entre un représentant du gouvernement Trump et Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, constitue un précédent inédit dans l'industrie énergétique américaine. Aux termes du contrat, l'État fédéral s'engage à rembourser 795 millions de dollars pour la concession de New York et quelque 133 millions de dollars pour celle de Caroline du Nord, soit un total frôlant le milliard.

Cette compensation financière s'accompagne d'une contrepartie exigeante : TotalEnergies doit investir un montant équivalent dans les énergies « conventionnelles » — pétrole et gaz — sur le sol américain, entre novembre 2025 et septembre 2026. Le groupe français s'est par ailleurs engagé à ne développer aucun nouveau projet d'éolien offshore aux États-Unis, refermant ainsi durablement la porte sur ce segment de marché.

Doug Burgum, secrétaire à l'Intérieur de l'administration Trump, avait présenté cet accord comme « une nouvelle victoire pour l'engagement du président Trump en faveur d'une énergie abordable et fiable pour tous les Américains ». Devant le Comité des ressources naturelles de la Chambre, il avait justifié la transaction en affirmant que « TotalEnergies a simplement été remboursée de son argent, qu'elle a déjà investi dans d'autres projets énergétiques aux États-Unis ».

Des projets éoliens prometteurs sacrifiés

Les projets abandonnés représentaient un potentiel énergétique considérable pour les États côtiers. La concession de New York et du New Jersey, acquise en 2022 pour 795 millions de dollars, devait générer 3 gigawatts d'énergie propre, de quoi alimenter près d'un million de foyers américains. Ce seul projet aurait créé plus de 1 700 emplois et généré 10 milliards de dollars d'économies pour les consommateurs, dont 500 millions spécifiquement fléchés vers les ménages à faibles revenus.
Le projet Carolina Long Bay visait, pour sa part, une capacité de production supérieure à 1 gigawatt, suffisante pour alimenter environ 300 000 foyers. Ces installations auraient contribué significativement aux objectifs climatiques des États concernés et renforcé leur autonomie énergétique.
Selon The Guardian, cette stratégie de compensation financière est directement née des échecs répétés de l'administration Trump devant les tribunaux fédéraux, qui ont systématiquement annulé ses décrets et directives d'arrêt des projets d'éolien offshore, les jugeant « illégaux et arbitraires ».

La riposte juridique des États démocrates

La coalition d'États démocrates — New York, Connecticut, Maine, Massachusetts, New Jersey, Rhode Island et Vermont — conteste vigoureusement la légalité de cet accord. Dans leur plainte déposée devant la Cour fédérale de Washington D.C., ils invoquent plusieurs violations légales majeures. D'une part, l'Outer Continental Shelf Lands Act, qui restreint étroitement la capacité du ministère de l'Intérieur à annuler les baux d'éolien offshore. D'autre part, le Judgment Fund Act, qui encadre l'utilisation des crédits fédéraux pour régler des jugements et des accords de compromis.
Letitia James, procureure générale de New York, n'a pas mâché ses mots : « Après avoir essuyé plusieurs défaites devant les tribunaux, ce gouvernement a concocté un accord bidon visant à verser à une entreprise énergétique étrangère des centaines de millions de dollars provenant des contribuables pour qu'elle abandonne l'éolien en mer et investisse plutôt dans le pétrole et le gaz. » La gouverneure Kathy Hochul a, de son côté, qualifié la transaction de « détournement scandaleux de l'argent des contribuables qui nous empêche de couvrir nos besoins énergétiques, de créer des emplois de qualité et de contribuer à garantir l'indépendance énergétique américaine tout en réduisant les émissions ».

Les enjeux économiques et environnementaux

Cette bataille judiciaire met en lumière des enjeux économiques de première importance. L'administration Trump consacre près de 2 milliards de dollars pour inciter les entreprises énergétiques à renoncer à leurs projets d'éolien offshore — un coût budgétaire substantiel dans un contexte de déficit public américain déjà préoccupant. Sam Salustro, vice-président senior du réseau pro-éolien Oceantic Network, a résumé l'absurdité de la situation avec une formule frappante : « Payer pour retirer une énergie abordable et locale de l'équation revient à condamner les consommateurs américains à lutter pour régler leurs factures d'électricité. »
Les implications dépassent largement le cadre national. TotalEnergies, qui avait misé sur une approche « pragmatique » en négociant plutôt qu'en intentant des poursuites — comme l'ont fait ses concurrents européens Ørsted et Equinor —, voit aujourd'hui cette stratégie sérieusement questionnée. Patrick Pouyanné avait pourtant revendiqué en mars avoir choisi d'« innover » en traitant directement avec l'exécutif américain.

François Lapierre




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