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Olivier Meier
Olivier Meier est Professeur des Universités, directeur de recherche au Lipha Paris Est et visiting... En savoir plus sur cet auteur

Dirigeants atypiques: quand la différence devient une force




Jeudi 3 Octobre 2013




© olly - Fotolia.com
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Dans une société formatée où la Norme fait loi, il existe des dirigeants qui étonnent, parfois dérangent, déroutent, mais qui bien souvent finissent par susciter le respect et l’adhésion, car ils ont su, par leurs propres qualités, transformer leur chemin de traverse en un destin porteur de sens et d’espoirs. C’est notamment le cas des patrons et des dirigeants atypiques (autodidactes, forte personnalité, parcours chaotiques) qui sortent des cadres définis, parce qu’ils se sentent depuis toujours différents et qui ont su faire de cette différence un atout inestimable au service de soi  mais aussi des autres, pour conduire leurs affaires avec efficacité.
 
Mais d’où vient a priori cette force, et le fait que cet atypisme ait pu être transformé en point fort et devenir avec le temps la clé principale de leur réussite ? La première explication peut être recherchée dans la motivation profonde de l’individu. En effet, le dirigeant atypique s’est souvent construit dans la douleur, il s’est forgé un caractère, une capacité de résistance particulière qui lui a permis de tenir et de s’en sortir. Au fil du temps, cette capacité à résister s’est transformée en trait de caractère pour progressivement prendre la forme d’une culture personnelle, d’un système de valeurs spécifiques construit autour de l’acharnement à survivre malgré l’adversité, de la volonté mais aussi parfois d’un esprit de revanche.
 
Une autre raison tient au fait que le dirigeant atypique a depuis toujours dû analyser ses semblables pour pouvoir s’adapter aux autres et continuer à vivre tant bien que mal à leurs côtés. Il a ainsi acquis cette soif de connaissances (curiosité) et une analyse fine de son environnement (intuition et perspicacité), en sachant disséquer les attitudes et comportements et saisir les moindres changements de tons et d’états d’esprits chez l’Autre. Ces aptitudes sont souvent devenues des réflexes naturels chez lui, avec notamment une capacité à maîtriser plus que d’autres la communication non verbale (silence, geste, regard, expressions). Elles s’expliquent aussi par le fait que le manager atypique a du, au cours de son parcours, subir des épreuves, tant dans sa vie personnelle, sociale que professionnelle. Il connaît donc mieux que quiconque le sentiment d’être incompris, bridé, marginalisé et finalement relégué dans la case des « différents ».
Il a par conséquent une sensibilité, une tolérance, une ouverture à l’égard des autres, et notamment des délaissés, très supérieures aux autres. Car il ressent leurs souffrances, les comprend, arrive la plupart du temps à ressentir ce qu’ils vivent et sait leur communiquer une écoute et utiliser des mots « justes » au plus près de la réalité émotionnelle et psychologique de ces interlocuteurs. La nécessité de s’adapter et de faire face, dès son plus jeune âge, à l’incompréhension, de ressentir mieux que quiconque les sentiments et émotions de ces interlocuteurs (humiliation, rejet, agressivité, moquerie, incompréhension) lui permet de gérer des situations émotionnelles fortes et de répondre à la dureté et la complexité de l’être humain, dont il connaît la part belle mais aussi la face cachée.
 
Par ailleurs, de par sa propre construction personnelle (trajectoire singulière ou chaotique), le dirigeant atypique aime l’originalité, la singularité et donc n’a pas peur d’accorder une grande liberté d’action à ses collaborateurs, car il mise sur l’initiative personnelle et les démarches iconoclastes pour contourner les inerties et favoriser l’innovation et la créativité. Il n’hésite pas non plus à recourir à des formes d’expression souvent décalées, en mobilisant par exemple l’autodérision, l’humour mais aussi l’ironie et à opter pour des relations humaines denses fondées sur  la confiance, l’émotion et les sentiments.
 
Par conséquent, le dirigeant atypique, parce qu’il n’avait généralement rien à perdre, a su puiser dans ses qualités pour résister aux normes et progressivement imposer une nouvelle façon de voir et de gérer ses activités économiques et humaines. Son succès comprend généralement trois grandes étapes : la survie (Résister), le dépassement de soi (Lutter) pour finalement déboucher sur une vision nouvelle de l’entrepreneuriat, facteur de développement et de progrès (Créer).
 






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